Agenda

- Jeudi 25 juillet 2019, Lescout ( 81 ) : dernier jour de la marche de Compostelle-Cordoue : voir Communiqué ci-contre. Marche ouverte à tous.

Rendez-vous à 9H30 pour parcourir les derniers 8kms jusqu’à En Calcat. Fête de la Saint Jacques et des 10 ans de l'association, à partir de 14H au monastère d’En Calcat.

Foire aux questions

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Religions-LaïcitéVoeux de Ghaleb Bencheikh, nouveau Président de la Fondation pour l’Islam de France, le 31 janvier dernier.
Il a détaillé ses projets pour « un islam de beauté, d’intelligence et d’humanisme ».
Interview du journal La-Croix : La Fondation de l'Islam de France veut une grande cause nationale. (Cliquer )

Et dans Saphir News : Avec la FIF, Ghaleb Bencheikh plaide pour que plus jamais le vocable Islam ne soit synonyme d'épouvante. ( Cliquer )

Transmis le Fév 11, 2019 - 01:38 AM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-LaïcitéLes créationnistes ? -------------- par Foudil BENABADJI

Bonjour Monsieur Ruffier,
Dans le quotidien "Le Dauphiné Libéré", de dimanche 7 octobre, j'ai été agréablement surpris par votre coup de gueule : "La guerre aux créationnistes est déclarée". Parfois les médias interprètent magistralement nos pensées, et dans ce cas je voudrais réagir sur ce petit texte qui me paraît important du fait de l'actualité. "Il faut redonner le gout de la sciences et la place de la raison dans notre société". Nous savons tous ce qui se passe à Lyon, mais plus près encore, à Grenoble. Les gens savent-ils ce que sont les créationnistes ?
Le Conseil de l'Europe nous indique dans sa résolution du 04 oct. 2007, qu'actuellement les créationnistes, essentiellement d’obédience chrétienne ou musulmane, investissent de plus en plus dans l’enseignement. Il y a de quoi nous faire réfléchir. Le Collège de France est intervenu et a affirmé son opposition aux créationnistes. Ce courant est très fort, il a ses origines sur le continent nord-américain, et il existe actuellement chez nous, en France. Ces mouvements évangélistes et musulmans, en petites minorités certes, montrent un prosélytisme exacerbé. Ce qu'ils écrivent relèvent de la falsification. La montée en puissance de ce mouvement, l'endoctrinement des enfants et son impact sur notre société sont réels. Il s'agirait de mettre sous contrôle encore plus étroit le système d'éducation, et parallèlement inciter au rejet de la science, phénomène qu'ils exploitent cyniquement depuis un quart de siècle pour de petits profits politiques. Ce systéme de croyance est sans équivalent dans notre société ou plus du tiers de la population croit déjà que « les êtres vivants existent sous leur forme actuelle depuis le commencement des temps » et soutient l'idée d'interdire l'enseignement de la théorie de l'évolution pour la remplacer par le créationnisme.
Il est vrai que la culture générale, qui doit ouvrir à l’universel, c’est-à-dire à la connaissance de notre commune humanité dans ses différentes composantes, s’appauvrit considérablement lorsqu’elle se trouve amputée de la dimension religieuse. La prise en compte, chez nous en France, du Fait Religieux dans l’enseignement apporte des clés de lecture en ce domaine et réalise une ouverture des esprits par des rencontres constructives dans la découverte de l'histoire de la religion (ou encore : sciences des religions), et les richesses culturelles de l’autre. Mais des blocages, on ne sait d'où ils viennent, se manifestent aprement.
Face à la progression des fondamentalismes et des communautarismes, cet enseignement de type critique et rationnel représente un enjeu considérable. L’étude critique des textes, la prise en compte des genres littéraires, la critique historique des documents, permettent de prémunir les esprits à l’égard de la crédulité et des lectures simplistes.
La nécessité de cette prise en compte du Fait Religieux dans l’enseignement scolaire a été réaffirmée à plusieurs reprises depuis le rapport Debray. "Enseigner le Fait Religieux", cela renvoie à la dimension culturelle a indiqué Lionel Jospin en 1980. L’enseignement du fait religieux est nécessairement pluraliste puisqu'il traite des différentes religions - et non confessionnel : il aborde les religions en tant que faits de civilisation a déclaré Jack Lang en présentant ce rapport Debray. Alors, que font les politiques, qu'est-ce qu'on attend pour que les associations et les administrations reçoivent un grand coup de pousse et encourager les initiatives dans ce domaine précis.
En tant qu'aumônier dans les prisons de la Savoie, je considère que je suis dans un laboratoire. J'ai expérimenté le Fait Religieux. C'est un autre domaine dans lequel je peux apporter mon témoignage. (Il faudra aussi se prémunir de tous les discours, celui du fondamentaliste en particulier qui vous dira qu'il lutte contre la drogue et l'alcool, qu'il est un adepte de la laïcité et qu'il respecte les lois de la République .???..). Je voudrais aussi avoir l'occasion d'aborder le Niqab et la Burka qui se développent surtout parmi les converties..?..
Avec mes excuses d'avoir été trop long.

Foudil BENABADJI Aumônier musulman de la Pénitentiaire
Administrateur de la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix.
Association UFCM / ICMF et UDEA 06 64 80 60 01
www.memoire-mediterranee.com.


Transmis le Oct 15, 2012 - 08:38 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-LaïcitéOrganisée par la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix

Soirée débat



"RELIGIONS ET DROITS DE L’HOMME "


Le 16 décembre 2009 à 20h00
Chapelle Saint Léon - 11 place du Cardinal Amette – 75015 PARIS
(Métro La Motte-Picquet – Grenelle)



Modérateur

Ghaleb BENCHEIKH – Président de la CMRP

Intervenants
Maurice RIEUTORD – s.j.
Mahmoud AZAB – Professeur à l’I.N.A.L.C.O.
Hervé élie BOKOBZA - Talmudiste et écrivain

Entrée libre



Transmis le Déc 07, 2009 - 03:42 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-Laïcité


Le Père Higoumène BARSANUPHE, Vice-Président de
la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix propose ,

UN DIALOGUE OUVERT A TOUS

Sur le thème de


LES RELIGIONS POUR LA LAÏCITE


Hommage à PAPA IBRAHIMA SECK, récemment décédé.
Poète et politologue sénégalais
Projections et témoignage

16ème Rencontre Interreligieuse de Doumérac

le jeudi 6 août 2009 à partir de 14h


« Etre laïc, c’est avant tout reconnaître la liberté de l’esprit »
Papa Ibrahima SECK (1953-2009)


Au Centre de Rencontres Interreligieuses pour la Paix (CRIP)
Doumérac – 16380 GRASSAC 05 45 70 41 62 (rep.) / crip16@free.fr


Transmis le Juil 23, 2009 - 03:16 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-LaïcitéInformation adressée par Norbert DUCROT - Administrateur de la CMRP

Le Mouvement international de responsables chrétiens (Edmond Michelet)
et la paroisse Saint-Louis d'Antin

organisent une soirée-débat entre

le Père Christophe Roucou, délégué des évêques de France pour les relations avec l'Islam

et le Dr. Larbi Kechat, recteur de la mosquée Adda'wa,

sur le thème

"Quelle place pour les religions dans la société laïque française?".


Espace Bernanos - 4 rue du Havre - PARIS 9ème

le mardi 3 mars, de 18h. à 20h.
P.A.F. : 5 euros.



Transmis le Fév 21, 2009 - 01:00 AM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-Laïcité

Colloque Hommage:
Unité sociale et unicité divine : La place de l’engagement social dans la spiritualité musulmane

Dimanche 11 Janvier 2009
13H - 17H
Institut international de la pensée islamique (IIIT France)
9-11, avenue Michelet 93400 Saint Ouen


Avec la participation de :
Ahmed JABALLAH, Tahar MAHDI, Yacob MAHI
Dhaou MESKINE, Mohamed MESTIRI, Tareq OUBROU

Présentation:

A l’heure d’une mondialisation essoufflée par une crise profonde de tous ordres - économique, sociale, politique, environnementale - une lueur d’espoir apparaît à nombre de gens comme une ressource intarissable. Face à ce malaise de l’être moderne, l’homme retourne à sa source, à son sens d’existence, à sa spiritualité afin de retrouver son équilibre en société.
Ainsi, l’Institut international de la pensée islamique - IIIT France a-t-il choisi comme thématique annuelle pour ses activités 2008-2009 : « Spiritualité et éthique sociale en islam ». Cette année sera empreinte d’un nouvel essor où la spiritualité sera reconsidérée dans son implication et sa finalité sociétales.
IIIT France consacre son deuxième colloque au thème : « Unité sociale et unicité divine : La place de l’engagement social dans la spiritualité musulmane ». La relation de l’homme à la spiritualité et à son engagement sociétal est perçue comme un tout indissociable. Les échanges, au cours de ce colloque, nous permettront de mieux appréhender les enseignements et les repères nécessaires pour atteindre cet équilibre tant recherché : celui de l’homme dans sa relation à Dieu, à lui-même et à l’autre. La question de la spiritualité et ses implications sociales est aussi une question de citoyenneté et de
responsabilité dans le vivre ensemble. Alors, quelle place pour la spiritualité dans nos sociétés modernes et quels apports peut-elle nous offrir pour conjuguer la paix de l’âme et la paix entre les hommes?
Ce colloque rend hommage aux Dr Mona Abul-Fadl et Dr Abdelwahab Elmessiri, deux éminents penseurs du monde arabo-musulman qui nous ont quittés l’été dernier. Chacun d’eux, à partir de son domaine d’études, s’est fait connaître pour ses idées unificatrices de la nation de l’islam, à partir des sources unificatrices de la spiritualité. Mona
Abul-Fadl, docteur en sciences politiques, a fondé l’ensemble de son oeuvre sur l’unification des sciences islamiques et des sciences sociales, afin d’édifier une nouvelle approche civilisationnelle des sciences politiques et inviter la Oumma musulmane à s’unir et devenir charismatique. Abdelwahab Elmessiri, quant à lui, spécialiste de la littérature anglaise, a traité notamment divers sujets allant du sionisme au postmodernisme en passant par la pensée politique musulmane, les mouvements de libération de la Palestine et l’intifada. Il a défendu l’idée selon laquelle, nulle victoire sans unité sociale. Ainsi, a t-il appelé, tout au long de sa vie, à l’unité de la nation musulmane contre les agressions dont elle est victime. Ces deux grands penseurs se rejoignent sur l’importance de l’unité de la foi dans l’unité sociale, de la spiritualité comme fondement pour toute éthique sociale.

Entrée Libre

Institut international de la pensée islamique (IIIT France)
9-11, avenue Michelet 93400 Saint Ouen
Tél : 0140102446 Fax : 0140102447
E-mail : iiitfrance@yahoo.fr
www.iiitfrance.net



Transmis le Jan 05, 2009 - 11:08 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-LaïcitéLa construction d’une identité européenne, un souci partagé

Rovereto mai 2008


Ahmed Jaballah,
directeur de l’Institut européen des sciences humaines de Paris, vice-président de la Fédération des organisations islamiques d’Europe (F.O.I.E), membre du conseil d’administration de la CMRP France


L’identité européenne, une identité en construction


Il est certain que l’identité européenne, en tant que valeurs partagées, est constituée d’éléments philosophiques et culturels différents, qui reviennent à des racines historiques et s’alimentent continuellement d’éléments nouveaux. C’est une identité, comme toute identité collective, qui essaie de conjuguer l’unité et la diversité. Les valeurs de cette identité sont souvent exprimées à travers un certains nombre d’objectifs et de principes, qui sont : la paix, la prospérité, la démocratie, la liberté, l’égalité, la justice, les droits de l’homme, la cohésion sociale, la protection de l’environnement, le dialogue interculturel… Une identité collective permet à toute société humaine de fonder une cohésion nécessaire à un vivre ensemble dans la solidarité et l’entraide, sans nier le besoin de la diversité entre ses membres. Toutes ces valeurs évoquées sont dans leur globalité des valeurs universelles vers lesquelles aspire toute l’humanité, au-delà de ses différences ; et l’Europe tend, à travers sa démarche d’union, de transformer en réalité ces valeurs ambitieuses dans la vie de ses peuples. C’est un défi considérable à relever, d’où la nécessité de mettre en contribution toutes les forces et les ressources pour construire une identité européenne humaine forte et ouverte.

La contribution des religions dans la construction de l’identité européenne :

Les religions ont certainement un rôle à jouer dans cette belle aventure de la construction d’une identité européenne, au moins pour deux raisons essentielles :
- Toutes les valeurs qui peuvent être à la base de l’identité de l’Europe sont des valeurs prônées dans leur ensemble par les religions ; certes exprimées selon des approches différentes, mais qui peuvent être enrichissantes et complémentaires.
- La capacité spirituelle des religions représente un facteur important qui peut donner un élan positif à ces valeurs fondatrices de l’identité (1).

Quelle contribution de l’islam dans ce domaine ?

L’islam peut avoir sa contribution dans la fondation de l’identité européenne grâce à deux facteurs importants :
- Une présence large des musulmans dans la majorité des pays européens, qui fait de l’islam la deuxième religion dans certains de ces pays. La foi et la culture religieuse que partagent les musulmans d’Europe entre eux peuvent constituer un élément de rapprochement qui aura ses répercussions sur les rapprochements des peuples européens (2).
- La dimension historique d'une expérience musulmane qui a pu conjuguer à la fois l’unité et la diversité, y compris en Europe dans la période andalouse, et dans les pays de l’Europe de l’Est. Une expérience qui a eu ses difficultés mais aussi ses apports positifs.

Quelles sont alors les responsabilités partagées pour construire une identité européenne ?

Les musulmans d’Europe ont une responsabilité dans la construction d’une identité européenne. Une responsabilité qui ne peut apporter ses fruits qu’avec une volonté des sociétés européennes, cherchant à mettre en harmonie toutes les compétences et les énergies diverses, au service d’un destin commun. La responsabilité des musulmans contribuant à l’identité européenne prend ses fondements essentiellement dans trois engagements qui sont déjà entrepris :
- Un engagement visant à intégrer progressivement leur tradition et leur expression religieuses dans le contexte européen. Témoignent de cet engagement toutes les initiatives prises dans la construction des lieux de culte en parfaite insertion dans le paysage urbain de nos villes, dans la formation des imams et des cadres religieux, dans l’acquisition de cimetières et de carrés musulmans pour enterrer les morts…
- Un engagement citoyen qui amène le citoyen européen de confession musulmane à prendre part à la vie de la société, à travers ses activités sociales, culturelles et politiques. Un engagement qui a besoin d’être renforcé et encouragé.
- Un engagement dans le dialogue interculturel et interreligieux qui connaît une évolution constatée. De plus en d’initiatives sont entreprises dans ce domaine, et le nombre croissant d’associations de dialogue à l’échelle locale, nationale et internationale auxquelles participent des musulmans en est un témoin. En parallèle à cette responsabilité des musulmans, il y a certainement une responsabilité de la société, qui peut permettre à la contribution musulmane d’apporter sa pierre à l’édifice de l’identité européenne. La responsabilité de la société dans ce domaine, corespond à une revendication citoyenne de a part de la composante musulmane européenne, mettant en avant aujourd’hui les exigences suivantes :
- Une confiance accordée aux citoyens musulmans en tant qu’acteurs positifs, qui ont leur place entière dans la société. Une telle confiance renforce l’engagement, dissipe les facteurs de repli et de marginalisation et fait exploser les énergies servant l’intérêt commun.
- Un combat rigoureux de toutes les formes de racisme, de xénophobie et d’islamophobie. Les différences et les spécificités de chaque communauté religieuse et culturelle peuvent constituer un élément d’enrichissement mutuel, comme elles peuvent être des facteurs d’isolement, en fonction de l’approche suivie dans le traitement de ces différences et de ces spécificités.
- Une gestion désintéressée de la question religieuse musulmane en Europe, et notamment au niveau de la représentation cultuelle des musulmans. La tradition européenne, très marquée par le sécularisme dans le rapport entre l’Etat et la religion, doit être respectée en ce qui concerne les musulmans. Tant que les musulmans agissent dans le cadre des lois, ils doivent être libres et indépendants pour s’organiser, former leurs cadres religieux et construire leur expression religieuse fidèle à leur tradition. Toute ingérence politique intérieure ou extérieure ne peut que trahir les principes d’égalité juridique entre les différentes confessions. Le traitement politique de certains pays européens voulant lier les affaires religieuses des musulmans d’Europe avec des pays musulmans étrangers laisse apparaître l’islam comme une religion étrangère, qui n’a pas le droit de cité comme toutes les autres religions présentes en Europe. La présence musulmane en Europe est une chance permettant de construire une identité européenne riche d’un patrimoine culturel et religieux diversifié, ce qui donne à cette identité une dimension planétaire.

En effet, l’identité d’une Europe unie et juste est une belle entreprise qui a besoin de toutes les forces vives. A l’ère d’une mondialisation globalisante et envahissante qui caractérise notre époque, nous devons confirmer des repères qui donnent à l’Homme l’espoir et lui garantissent la paix et la solidarité. Nous avons besoin certes de partir des acquis de l’Histoire, mais surtout d’insister sur le présent tout en en se projetant dans l’avenir; comme l’a bien exprimé Edgar Morin en disant de la communauté européenne :
« Notre communauté de destin n’émerge pas de notre passé qui la contredit, elle émerge à peine de notre présent parce que c’est notre futur qui nous l’impose (3) »

Ahmed Jaballah



(1) Jacques Delors disait dans l’un de ses discours en 1989 : « Il nous incombe… de donner plus de chair à cette communauté, et pourquoi pas un supplément d’âme. »

(2) Nous pouvons constater cette réalité de rapprochement et d’échange entre les musulmans d’Europe lors de leurs rencontres où ils expriment à la fois une unité de foi et une diversité de cultures qui leur permet de découvrir les richesses des langues et des cultures européennes.

(3) Edgar Morin, Penser l'Europe, Ed. Gallimard, 1987.


Transmis le Oct 02, 2008 - 08:39 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-Laïcitéde Ghaleb Bencheikh, Président de la CMRP – France.

Les multiples contraintes et les différentes vexations auxquelles sont soumis les chrétiens d’Algérie et ceux d’Orient désormais très minoritaires dans le monde islamique continuent de susciter de sérieux débats notamment dans la mouvance du dialogue interreligieux en France et de par le monde.
Nous avons eu l’occasion à maintes reprises de nous insurger contre cet état de fait. Rien ne le justifie et aucun être épris de liberté, de justice et de paix ne l’accepte. Et notre désapprobation est totale.

Nous appelons à la vigilance pour condamner toute atteinte à la liberté religieuse et nous œuvrons inlassablement pour que la criminalisation de l’apostasie, dans les pays dits musulmans, prenne fin.
Quelque soit l’argument invoqué pour contrecarrer le prosélytisme agressif, il demeure irrecevable. Il vient se fracasser sur le rocher massif du droit à la liberté de conscience.
En principe, dans une société ouverte évoluée dans un Etat de droit, la lutte contre les mouvements sectaires, ne doit pas se traduire par les avilissements de type judiciaire contre ceux qui librement, choisissent de se convertir à une autre tradition religieuse.
Pour délicats qu’ils se présentent, le rôle et la mission des pouvoirs publics dans ce domaine, doivent demeurer toujours à la circonspection et au respect des libertés fondamentales. Celles-ci ne doivent pas être sacrifiées en vue de préserver on ne sait quelle identité confessionnelle !
Rappelons-le, il n’est pas dans les prérogatives d’un Etat démocratique et moderne de s’immiscer dans les affaires de conscience religieuse des administrés.
En outre, nous croyons fondamentalement que le degré d’avancement éthique d’une nation est apprécié à l’aune du sort des minorités en son sein.

Aussi une certaine interrogation nous taraude-t-elle lorsque nous entendons quelques voix requérir, dans cette douloureuse affaire, le principe dit de réciprocité. Non qu’il faille le récuser d’emblée. Bien au contraire, il doit être de rigueur dans toutes les relations interindividuelles, intercommunautaires et internationales. C’est une question de bon sens et d’équité. Bien que nos références scripturaires ne l’aient jamais brandi comme une conditio sine qua non dans les rapports entre les hommes.
Les préceptes nobles et les commandements moraux que recèlent à profusion, la Thora, l’Evangile et le Coran ont toujours magnifié, à l’instar des écrits des autres traditions religieuses, la gratuité du don, et la grâce qui transcende le mal par le bien en toutes circonstances. Tel est l’enseignement spirituel qui nous fait tendre asymptotiquement vers la félicité dès ici-bas :

« La bonne action et la mauvaise ne sauraient aller de pair. Rends le bien pour le mal et tu verras celui dont une inimitié te séparait de lui se transformer en ami et protecteur chaleureux » enjoint bien le Coran (s 41, v 34).

Nous ne pouvons que déplorer, en l’occurrence, la myopie affligeante des croyants musulmans qui, lisant ce passage, ne l’intègrent pas, ne le méditent pas et ne l’appliquent pas dans leur vie quotidienne.

Alors, pour revenir au sort des croyants sur les deux rives de la méditerranée et sans vouloir ratiociner, nous constatons que nous ne sommes pas, hélas, dans une situation classique de réciprocité stricto sensu. Pour la simple raison que chez nous, en France, nous avons l’heur de vivre dans un Etat laïque.
Certes, la laïcité dont le concept est de nos jours mutant et évolutif, a besoin d’être affinée et fixée sans recourir à des épithètes telles ouverte ou fermée, belliciste ou anticléricale voire d’intelligence ou d’indifférence. Mais, la laïcité, clé de voûte de nos institutions républicaines, demeure la catalyse de l’alchimie du mieux-vivre ensemble. Elle permet que « la loi garantisse le libre exercice de la foi aussi longtemps que la foi ne prétend pas dicter la loi. »
A cet égard, le citoyen est in abstracto au sein de la République, par delà ses appartenances confessionnelles et ses orientations métaphysiques. Ainsi, dans ce cadre, n’est-ce pas à une communauté religieuse, fût-elle la plus nombreuse et la plus enracinée, d’accorder des droits aux membres d’une autre communauté considérée comme « minoritaire ». Il y a lieu tout simplement de respecter la loi. Ce respect s’impose à tous les citoyens.

Ailleurs, la difficulté réelle réside dans la collusion entre le temporel et le spirituel et l’intrication du politique et du religieux dans les Etats à coloration confessionnelle. Et tant qu’on a l’islam comme religion d’Etat, son instrumentalisation et sa domestication vont bon train. L’autorité administrative s’érige comme tutrice et directrice de conscience des citoyens. Alors, à côté de l’appel à la réciprocité, tout à fait recevable, il faut aider les forces vives et les intellectuels dans la société civile sur place, à tout faire pour déconnecter la spiritualité de l’exercice politicien.

A tout le moins, cette situation dramatique aura montré qu’une presse libre s’est affranchie du carcan gouvernemental pour assumer ses responsabilités en toute indépendance et militer en faveur de la liberté de conscience.


Transmis le Août 01, 2008 - 01:45 AM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-Laïcité


Groupe Inter-religieux pour la Paix 93

Saint-Denis 15 janvier 2008

Interreligieux et laïcité

Feuille de route pour une action commune

Religion et laïcité ne sont pas incompatibles, à condition de s’entendre sur le contenu des termes.

Les religions sont liées structurellement à l’absolu de Dieu. C’est pourquoi elles se prêtent à toutes les entreprises de récupération idéologique. Il y a donc une distinction à faire entre la dynamique religieuse elle-même et les usages détournés que l’on en fait, qui sont des perversions.

La perversion de la religion est dans sa réduction à une fonction strictement utilitariste au plan humain :
- pour les puissants, la religion ne peut pas être une légitimation du pouvoir en vue de la réalisation d’ambitions personnelles ;
- pour les pauvres et les faibles, la religion ne peut pas être une consolation illusoire qui incite à l’acceptation de conditions de vie indignes ;
- pour les craintifs, la religion ne peut pas être un réconfort sécurisant qui conduise au repli dans des groupes fermés, hostiles à toute altérité ;
- pour l’intelligence, la religion ne doit pas être un carcan intellectuel qui empêcherait l’homme de prospecter dans tous les domaines inconnus du savoir ;
- pour la volonté, la religion ne doit pas être un obstacle à la créativité, empêchant l’homme de gérer l’univers et d’aménager ses conditions d’existence ;
- pour tous, la religion ne doit pas être un étouffoir d’humanité en se réduisant à la compensation sacralisée d’une frustration.

Et pourtant, par sa référence à une altérité radicale, la religion interroge l’homme en profondeur dans sa volonté de puissance, ses limites, ses peurs, ses relations à l’autre et au monde, sa capacité à connaître et à maîtriser ses conditions de vie. Mais nous pensons que la religion n’est à la hauteur de sa réalité que lorsqu’elle se fait interrogation suggestive plutôt que censure et interdit.

D’un mot : la religion se pervertit lorsqu’elle s’érige en instance de pouvoir et de contrôle immédiat des conduites individuelles et collectives. Au contraire, la religion est fidèle à elle-même et au Dieu auquel elle renvoie lorsqu’elle se présente à l’homme comme force de proposition et suggestion de sens, à niveau personnel comme au plan relationnel. La dimension institutionnelle de la religion est au service de cette force de proposition et ne peut aller au-delà. Nous pensons que la normativité religieuse ne découle pas du corps religieux lui-même, mais seulement de la personne qui, face à la proposition de sens qui lui est faite, prend la liberté de se déterminer raisonnablement elle-même en fonction de ce qu’elle estime juste.

C’est en cela que la religion n’est pas antinomique par rapport à la laïcité.

Car dans le cadre de la laïcité, l’Etat ne nie pas le fait religieux en tant que tel, mais décide de ne reconnaître et de ne financer aucun culte, tout en réaffirmant la liberté de pensée, d’expression, d’association et de culte. La laïcité pose ainsi un principe d’indépendance de la société dans son travail d’organisation et dans son devenir collectif. En même temps, la laïcité garantit aussi la liberté individuelle en faisant barrage à l’ingérence directe du religieux dans la vie sociale : nul ne peut être inquiété ou subir de contraintes pour des questions religieuses.

Cependant, la séparation de l’Eglise et de l’Etat s’est produite à un moment historique où tous les membres de la société, religieux ou laïques, participaient de la même manière à des réseaux de sens collectifs et structurants. Qu’il s’agisse de la religion, de la patrie, d’un idéal de classe sociale ou d’un idéal de prospérité matérielle, il était entendu que la vie individuelle ne pouvait avoir de sens qu’au regard d’une destinée collective, quelle qu’elle soit. La valeur de l’individu était dans sa capacité d’agréger ses propres richesses personnelles à un ensemble qui le dépassait. Il y a plus dans le « tous » que dans « l’unique ». C’est le fondement de la démocratie au plan politique et de la cohésion sociale au plan national.

Or aujourd’hui, nous sommes sortis du monde fédérateur que constituaient la chrétienté et les grandes idéologies porteuses. L’épanouissement individuel concurrence directement l’utilité publique. L’intérêt individuel prédomine et s’exprime de manière ambivalente : dans le registre de la puissance, chacun voudra convaincre l’autre de son génie propre dans un domaine particulier, fût-il des plus restreints. Chacun rêve d’accéder à une position monopolistique par rapport à autrui. Dans le registre de la frustration, chacun revendiquera pour soi-même un statut de victime innocente et impuissante, comme pour mieux légitimer l’élimination de l’autre, diabolisé en bourreau coupable et tout-puissant. Le narcissisme de chacun postule ainsi la présence de l’autre, requis comme témoin du triomphe de la puissance individuelle ou de l’innocence de l’impuissance individuelle ou d’un groupe particulier. Le besoin de l’autre à des fins narcissiques est aujourd’hui le seul rempart contre l’éclatement social. Car en dehors de cet « usage » réducteur, l’autre n’est plus qu’un concurrent à éliminer.

Dans ce contexte largement conflictuel, la laïcité a sainement posé en France un principe de tolérance et de respect de chacun qui sauve théoriquement la culture de tout arbitraire idéologique et de toute violence individuelle. La laïcité se présente en cela comme un cadre juridique neutre garantissant à tous des conditions de vie possibles. Mais devant la fuite en avant de l’individualisme le plus exacerbé, devant la frénésie du gain, du matérialisme et du consumérisme, la laïcité, en raison même du cadre de neutralité idéologique qu’elle impose, semble mal outillée pour proposer des modèles renouvelés de valeurs individuelles et plurielles, aptes à produire de nouvelles synergies au cœur même de nos cultures diversifiées.

C’est à ce niveau que la religion peut avoir un rôle à jouer, à la condition impérative que ce rôle soit différent de celui du passé. Entre le contrôle omniprésent de la religion sur la société et la simple relégation du religieux dans la sphère du privé, n’y a-t-il pas de place pour une tierce voie constructive pour tous ? Nous pensons en particulier que l’interreligieux a modestement une carte à jouer puisque le dialogue interreligieux développe structurellement l’ouverture aux modes de pensée et de pratiques des autres traditions, dans une confrontation respectueuse, à la fois gratifiante et exigeante.

Nous pensons que la paix ne pourra se construire qu’en oeuvrant concrètement dans le sens de l’évolution qui se dessine. Nous pensons aussi qu’à niveau fondamental, la paix ne triomphera pas d’une lutte ouverte contre les forces contraires. Le bien ne doit pas se faire plus fort que le mal. Car dans une dialectique d’opposition frontale, chacun des opposants finit par faire sienne la stratégie de domination violente du mal. Il ne s’agit donc pas de con - vaincre l’autre à coups d’arguments probants, mais de s’investir concrètement dans un travail positif et constructif. Et ce travail commence par la conversion de son propre regard sur la réalité de l’autre. Car ce serait trop peu encore que de reconnaître le droit de l’autre à l’existence. Il faut aller jusqu’à faire renaître en soi l’estime pour l’autre par la reconnaissance assumée de sa particularité, de son mérite, de son honnêteté. Cela suppose que les uns et les autres travaillent durement à l’assainissement de leur propre démarche. Sur ce chemin, on ne peut qu’avancer ensemble, et au rythme du plus lent et du plus faible. Le plus violent est en réalité le plus faible et le plus lent. Mais à travers et au-delà de sa violence, c’est la part de dignité de l’autre qui doit être entendue et reconnue.

C’est dans cette perspective que le GIP 93 souhaite entreprendre une action modeste auprès des jeunes, en collaboration avec les réseaux scolaires existants.

Il ne s’agit pas de prêcher une idéologie de la paix, et certainement pas une idéologie religieuse, fût-elle positive dans son intention. Cette tentative relèverait encore de la perspective religieuse ancienne d’influence directe sur les consciences au nom d’une certaine idée du bien collectif.

Il s’agit de proposer des thématiques de réflexion susceptibles de produire de la créativité expressive et artistique. Et nul ne peut préjuger à l’avance ni de la forme, ni du contenu des œuvres à produire.


Transmis le Juin 26, 2008 - 11:46 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-LaïcitéInformation de l’Association du Manifeste des libertés

Réunion-débat “La liberté de conscience et de culte en Islam : le cas baha’i en Iran et en Egypte”

En solidarité avec les sept détenus baha’is de Téhéran.

Récemment en Iran, sept responsables baha’is (deux femmes et cinq hommes) ont été arrêtés.
Détenus à Téhéran, ils sont accusés d’« avoir agi contre la sécurité nationale et d’avoir noué des liens avec des étrangers ».
Au mois de janvier dernier, 54 membres de cette communauté, estimée à quelque 300 000 personnes (5 millions dans le monde), ont été condamnés à des peines de prison, trois d’entre eux à quatre ans, les autres à un an avec sursis.
Les juges les accusaient de prosélytisme à Chiraz, une des villes où les membres de cette religion monothéiste fondée au XIXe siècle sont nombreux.

Prendront la parole : Foad Saberan, psychiatre, Marc Kravetz, journaliste, et Ghaleb Bencheikh, président de la CMRP-France.


Vendredi 27 juin 2008, de 19h30 à 22h
Maison Madeleine-Rébérioux
5 rue Perrée, 75003 Paris
(métro Arts-et-Métiers)

Pour réserver : manifeste@manifeste.org



Transmis le Juin 20, 2008 - 01:31 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-LaïcitéLE SOLEIL DE DEMAIN
(Islam et laïcité au seuil des temps modernes, Edit. Domens, Pezenas, 2004)
par Foudil Benabadji. Préface de Jean Bertolino.

M. Benabadji, croyant en Dieu et à la modernité, a fait le dur apprentissage des réalités humaines, souvent sordides, comme travailleur social. Il est actuellement aumônier agréé de l'Administration Pénitentiaire en Savoie, et continue à puiser ses convictions, sa foi en l’homme, en se rendant là où il contribuera à faire réespérer les désespérés.

Il a étudié (p. 101 et 102) les bases de l’Islam, telles que nous les présentent les quatre rites sunnites, en insistant sur le côté chamaniste du Hanéfisme (jugement d’approbation person-nelle recommandé), du Malékisme (90 % de raison et 10 % de charia), du Chaféisme (rôle de persévérance), qui s’opposent au Hanbalisme qui a développé la charia la plus rigoriste, et que l’on voit aujourd’hui prôné dans des « discours pervers » et un « double langage » (p. 142) par les intégristes « qui rejoignent l’extrême droite dans la même détermination à marginaliser les jeunes musulmans de France » (p. 24).

L’auteur cite Mohamed Sifaoui : «J’ai fui l’intégrisme en Algérie, et je le retrouve en France » (p. 57). A l’opposé de cela, le courant libéral « Nahda », lancé en Egypte par Jamaleddine El Afghani, (p. 92) et Mustafa Abderrizaq qui a réhabilité le courant philosophique moutazilite (p. 93) est relayé par Malek Chebel (p. 97), et les Musulmans laïques, mouvement auquel l’auteur a adhéré avec Amo Ferhati, Karim Benkamla.
Ces derniers montrent bien « que la croissance de la démocratie dans le monde musulman viendra de l’impact de l’immigration au contact de toutes les dénominations de l’Europe ». D’ailleurs quatre députés européens (UMP, PS, Vert, PC) en sont issus (p. 145). Ainsi la laïcité adoptée par la France, « seul pays de l’Union Européenne à laquelle la Constitution fasse référence », (p. 41) n’est pas incompatible avec un enseignement du fait religieux en France (p. 119), dans la mesure, où comme le Pr Ali Merad le constate (p. 179), une exégèse moderne appliquée aux textes fondateurs permettrait de mieux distinguer ce qui est intangible en matière de foi, de culte, de morale, et qui comme le constatent les Salafiya (p. 102), se distingue de la vie sociale, elle-même amendable et de l’instrumentalisation politique.

M. Benabadji recommande donc au CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) : « d’affronter les vrais sujets de notre siècle, une réadaptation de la charia, la prise en compte de la modernité, de la laïcité, de découvrir les synthèses actives avec l’Occident et de faire face aux mouvements meurtriers de l’islamisme radical. Commencer dès aujourdhui la formation qualifiante des Imams qui «s'auto-proclament» en France et en Europe et celle des aumôniers pour les armées, les hôpitaux, sans oublier celle des prisons, qui est un monde totalement à part ». (p. 175).
C’est de Chambéry que nous vient cet appel à une nouvelle démarche intellectuelle, tenant compte de la modernité des Anciens, qui préparèrent la Re-naissance européenne, après Averroès et la philosophie du «Kalam» aujourd’hui comme hier, en butte aux mêmes vindictes des intégristes militants. M. Benabadji apporte sa pierre à un combat de Titans.

Christian Lochon



Transmis le Fév 05, 2008 - 11:25 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-Laïcité

INVITATION


Dans le cadre de sa thématique 2007-2008 : « LIBERTE, CREATIVITE & RESPONSABILITE»,
L’institut International de la Pensée Islamique – IIIT France a le plaisir de vous inviter,

Le dimanche 9 Décembre 2007 de 9h30 à 18h30
Au siège de l’Institut : 9/11 avenue Michelet 93400 Saint Ouen 9ème étage
Métro n°13, arrêt Carrefour Pleyel, Sortie BD Ornano
à son colloque intitulé :


CENSURE ET AUTO-CENSURE
DANS LE DISCOURS ISLAMIQUE



9h30: Accueil

10h00 – 12h00: Table I

Censure et auto-censure dans la littérature islamique classique


Mahbouba Merchaoui Ben Nasser
Tahar Mahdi

12h00 – 14h00 : Pause déjeuner

14h00 – 16h00 : Table II

Evolution historique des formes et expressions de la censure et de l’auto-censure


Ridha Chaïbi
Jean Martin

16h30 – 18h30 : Table III

Articulations modernes de la censure et de l’auto-censure et défis de demain


Yacob Mahi
Mohamed Mestiri

Questions et thèmes abordés :
Articulation : censure / auto-censure
Censure du texte ou du contexte ?
Censure : Maladie de la liberté, malaise de la créativité
Surmonter la culture de la censure : un défi pour demain

Entrée libre


IIIT-France

Axe Nord, 9-11, avenue Michelet, 9e étage, 93400 Saint Ouen
M° Carrefour Pleyel - RER D stade de France - Bus 173 et 255
Tél : 0140102446 - Fax : 0140102447 -
www.iiitfrance.net

Parutions 2006-2007 IIIT Editions :
Identitaire et Universel dans l'Islam Contemporation, Mohamed Mestiri et Daniel Rivet
Contemplation Méditative, Malik Badri
Statut des Minorités, Taha Jabir al Alwani


Transmis le Nov 30, 2007 - 12:18 AM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-LaïcitéCompte-rendu du Débat en présence de Régis Debray et Claude Geffré, le samedi 14 octobre 2006,
à propos de leur dernier ouvrage commun

Avec ou sans Dieu ?


REVUE DE PRESSE


Le philosophe, le théologien et la religion

Régis Debray, l'agnostique, et Claude Geffré, le dominicain, ont échangé sur l'actualité du fait religieux. Une discussion de haute volée.
Si les messes et les prières ne remplissent plus les églises ou les mosquées, les débats sur les religions remplissent toujours les salles de conférences. Hier, celle de l'Abbaye de St-Jacut-de-la-Mer était archi-comble. Un public de catholiques, en majorité des retraités, venu conforter sa croyance et se ressourcer à la pensée de deux grands intellectuels. A ma gauche, un philosophe et écrivain, un agnostique qui revendique son héritage culturel chrétien, Régis Debray, 66 ans. A ma droite, un dominicain et professeur de théologie, un croyant, spécialiste du dialogue entre les religions, Claude Geffré, 80 ans. A la tribune, les deux co-auteurs du livre d'entretiens "Avec ou sans Dieu?" (éditions Bayard), se partagent la vedette. L'échange est brillant, les concepts pointus, les mots précis, mais le tout reste accessible. Un bonheur pour l'esprit.

"Pourquoi vous, l'agnostique, vous passionnez-vous autant pour les religions et le fait religieux ?" demande Claude Geffré. "J'ai été élevé dans une culture catholique, mais j'ai perdu la foi à l'adolescence, répond Régis Debray. J'ai reçu une éducation supérieure rationaliste. J'ai connu le socialisme réel dans les pays communistes, poursuit l'ancien compagnon de route de Che Guevara dans les années soicante, devenu conseiller de François Mitterrand. Et je me suis toujours demandé pourquoi les religions durent alors que les systèmes économiques changent et s'effondrent. J'en déduis qu'il n'y a pas de société sans transcendance. Ce n'est pas parce qu'on est athée qu'on n'a pas de valeurs sacrées. Et on peut faire vivre une sacralité non religieuse. Un homme qui agit est un homme qui a la foi. Foi en Dieu, mais aussi en la République, en l'avenir." La discussion est lancée sur des bases très élevées, comme l'on dit au départ d'un record du monde 1500 mètres.

"La quête du divin et du sacré est propre à l'homme, affirme Claude Geffré. Mais il est impossible de rêver d'une religion universelle. Car les religions en tant que systèmes s'excluent les unes aux autres. Mais il existe des expériences communes qu'il faut partager pour entamer et poursuivre le dialogue."
Une question fuse. Que pense le théologien du récent discours de Benoît XVI sur la violence de l'Islam ? "Il existe un génie de l'Occident, au point de rencontre des traditions bibliques et de la raison critique, dont nous devons être fier, répond Claude Geffré.
Mais attention à ne pas introduire de hiérarchie entre les religions. Le christianisme est porteur d'un message universel qui doit pouvoir s'ouvrir, même si c'est difficile. On ne peut pas légitimer la violence au nom de Dieu, parce que Dieu est amour."


Pour sa part, Régis Debray met en garde. "Oui, il faut dire non à l'intégrisme. Résister à ses excès, ce n'est pas mépriser l'Islam. Mais ne tombons pas dans le piège de l'ethnocentrisme occidental. Les Lumières sont aussi aveuglantes. Si pour les autres cultures, le christianimse doit se confondre avec la défense des intérêts politiques et militaires de l'Occident, nous faisons fausse route."

Philippe Gaillard, Ouest France, 15 octobre 2006

" La question de Dieu court toujours… "
C'est cette constatation à l'actualité récurrente, énoncée par Claude Geffré, théologien, qui a fait se déplacer un public dense et averti samedi 14 octobre à l'Abbaye. L'assistance a suivi passionnément le jeu de questions-réponses bien rodé entre Claude Geffré et Régis Debray, philosophe, auquel elle était invitée à participer. Elle ne s'en est pas privée.

Le père dominicain et le philosophe ont poursuivi publiquement le dialogue qui font la chair de leur tout récent ouvrage "Avec ou sans Dieu ?", paru aux éditions Bayard. Le livre rédigé à deux têtes et quatre mains laisse la question en suspens, mais incite chacun à chercher une éventuelle réponse qui satisfasse au mieux sa sensibilité religieuse ou simplement humaine. A titre d'exemple, celle des deux auteurs. Là où l'agnostique voit dans la religion "un principe de cohésion sociale mû par une certaine transcendance", le religieux décèle "une façon de faire sens au-delà de la cohésion sociale".

La transmission en question
Pour l'agnostique, "la permanence du fait religieux" revêt une telle importance que la compréhension de l'histoire des hommes passe obligatoirement par la connaissance.
Devant la "crise de la transmission" à laquelle notre début de millénaire est confronté, Régis Debray charge "l'école de prendre ce relais. Il y a nécessité d'aborder de façon décomplexée le fait religieux à l'école publique".
La transmission apparaît comme le nouveau cheval de bataille de Régis Debray. Pour y répondre et "lutter contre les ruptures du temps et des générations", le chercheur a fondé la revue "Médium" (revue trimestrielle, uniquemement par abonnement : 01.40.46.01.88). Les rédacteurs y "honorent le souci de transmettre" comme "le plus sûr des remèdes à notre finitude."

Caroline PARIS, Le Petit Bleu, 19 octobre 2006


Transmis le Mar 10, 2007 - 06:53 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-Laïcité

ICM - Institut Catholique de la Méditerranée

COLLOQUE

Le dialogue interreligieux entre théologie et politique
Samedi 27 janvier 2007 de 10h à 18h



Intervenants :

Christian Salenson, directeur de l'ISTR
Jean-Marc Aveline, directeur de l'ICM
Fadi Daou, directeur de l'ISTR de l'Université de St Joseph de Beyrouth
Joseph Maïla, directeur du centre de recherche pour la paix
Jean-Marc Charron, professeur à l'Université de Montréal
Régis Debray, président d'honneur de l'Institut européen en sciences des religions.

Auditorium du Mistral
11 impasse Flammarion - 13001 Marseille
04 91 50 35 50
icm@cathomed.cef.fr


Transmis le Jan 24, 2007 - 11:20 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-Laïcité

INVITATION


L’institut International de la Pensée Islamique – IIIT France a le plaisir de vous inviter, dans le cadre de sa thématique 2006/2007 « Pensée dans la cité »,

Le samedi 27 Janvier 2007 de 14H à 17H30
Au siège de l’Institut : 9/11 avenue Michelet 94300 Saint Ouen 9ème étage

Métro n°13, arrêt Carrefour Pleyel, Sortie BD Ornano
A son colloque intitulé :


CITOYENNETE & OUMMA

- Y a-t-il des contradictions réelles dans cette dualité identitaire ?
- L’appartenance à la Oumma : entrave-t-elle l’engagement citoyen ?
- Oumma de la foi ou Oumma géopolitique
- Unité de la Oumma et pluralisme citoyen

Accueil : à partir de 13 H


Table ronde I : de 14H à 15H30

Oumma musulmane :
Utopie d’unité, espoir du renouveau ou projets de réforme ?



Modératrice : Fawzia Al Ashmawi
Intervenants :


Tareq Oubrou,
Recteur de la mosquée de Bordeaux
Ahmed El Alami,
Docteur en Sciences Politiques, Toulouse
Mohamed Mestiri,
Directeur de l’institut international de la pensée islamique, IIIT France


Table ronde II : de 16H à 17H30


Engagement citoyen dans la culture musulmane, ses implications et ses défis en Europe et en France



Modérateur : Mohamed Mestiri
Intervenants:

Franck Frégosi,
Chargé de recherche au CNRS et membre de l'Observatoire du religieux - IEP, Aix-en-Provence
Fawzia Al Ashmawi,
Professeur à l’université de Genève et Secrétaire Général de la Conférence Islamique Européenne
Eric Geoffroy,
Professeur d'arabe et d'islamologie à l'université Marc Bloch de Strasbourg


Entrée libre


IIIT / France : 9-11 Avenue Michelet 93400 Saint Ouen. TEL : 01.40.10.24.46 – FAX : 01.40.10.24.47
E. mail : iiitfrance@yahoo.fr
Site Internet : www.iiitfrance.net


Transmis le Jan 24, 2007 - 08:48 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-Laïcité

L’institut International de la Pensée Islamique – IIIT France vous invite à une
Rencontre – Débat


« Pouvoir politique et légitimité en Islam »


Avec


M. Abderraouf Boulaabi


Directeur de l’Institut Supérieur des Sciences Islamiques - ISSI,
Docteur en sociologie politique et Islamologie

Autour de son dernier livre paru chez éd. l’Harmattan, 2006 :
« Islam et pouvoir : les finalités de la Charia et la légitimité du pouvoir »

Samedi 16 Décembre 2006 à 14H00


Au bureau de l’institut situé au
9-11 Avenue Michelet 93400 St Ouen
Métro n°13, arrêt Carrefour Pleyel, Sortie BD Ornano
Entrée : libre

Tél. : 01.40.10.24.46 - Fax : 01.40.10.24.47 - E. mail : iiitfrance@yahoo.fr
Site Internet : www.iiitfrance.net





Transmis le Déc 08, 2006 - 07:52 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-Laïcité

Saint Jacut de la Mer – Conférence débat, avec Régis Debray et Claude Geffré :
Avec ou sans Dieu ?



Samedi 14 octobre, de 10h à 17h

Débat en présence du philosophe Régis Debray et du théologien Claude Geffré autour de leur dernier livre d'entretiens : "Avec ou sans Dieu ?"

Quelques extraits de leur entretien et la présentation des intervenants :

Régis Debray : « Pour vous dire carrément les choses, le " faire sens "... ne m'intéresse pas. Vous vous rendez compte ! C'est le "faire lien" qui m'intéresse... Car je crois que d'une certaine façon, le sens du sens c'est le lien. »

Claude Geffré : « La foi garde aujourd'hui un sens et une vitalité alors même qu'elle semble désormais socialement de plus en plus "inutile" : on ne peut plus définir le religieux exclusivement par rapport à son utilité sociale. Peut-on parler de "Dieu" sans parler de l'expérience de ce que les croyants appellent "Dieu" ? »

Régis Debray, philosophe et écrivain, s'impose comme l'un des meilleurs - analystes actuels du fait religieux. Pour la première fois, il débat de ses thèses avec un théologien, spécialiste internationalement reconnu de l'histoire des religions. Il rencontre en la personne du dominicain Claude Geffré, un interlocuteur tout à la fois admiratif et critique de son œuvre. Dans un dialogue vigoureux, ils confrontent leurs points d'accord et de désaccord et nous aident à comprendre les enjeux contemporains des religions.


Régis Debray fut maître des requêtes au Conseil d'État, fondateur de l'Institut européen en sciences des religions, et membre de la commission Stasi sur la laïcité. Il a publié de nombreux ouvrages dont plusieurs sur Dieu et la croyance entre autres : Dieu, un itinéraire (Odile Jacob, 2002) et Les communions humaines. Pour en finir avec la " religion " (Fayard, 2005).

Claude Geffré fut recteur des facultés dominicaines du Saulchoir et directeur de l'Ecole biblique de Jérusalem. Professeur honoraire de l'Institut catholique de Paris, il est l'auteur d'une œuvre majeure autour de l'herméneutique et du dialogue interreligieux. Il a publié notamment : Profession théologien (Albin Michel 1999) entretien avec G. Jarczyk. Eric Yom, journaliste, diplômé d'études politiques et philosophe, a animé ce dialogue et permis qu'il ait lieu.

Tarifs :
-animation : 15 euros par personne / 22,50 euros pour un couple
demi-tarif pour jeunes de moins de 30 ans et personnes à ressources réduites
-Déjeuner sur place : 14,50 euros
-Hébergement selon disponibilités (nous contacter)

Bulletin d’inscription (pièce jointe) à renvoyer au plus tôt à :
Service réservation de l’Abbaye
BP 1 - 22750 ST JACUT DE LA MER

Renseignements:
Tel. 02.96.27.71.19
Fax. 02.96.27.79.45
E-mail : abbaye.st.jacut@wanadoo.fr

Internet : abbaye-st-jacut.com


Transmis le Oct 11, 2006 - 12:07 AM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-Laïcité

L'Eglise orthodoxe russe
discute la conception occidentale des droits de l'homme


Par Vladimir Simonov, RIA Novosti


Les valeurs libérales que l'Occident impose au monde entier comme modèle universel sont erronées, car elles ignorent la notion de morale; les libertés et droits séparés de leur contexte moral banalisent la xénophobie, poussent l'homme à offenser les sentiments religieux d'autrui et à commettre d'autres péchés; la conception occidentale confond droits de l'homme et laxisme. Telle est la conclusion des participants au Concile mondial du peuple russe, un forum de référence regroupant dignitaires de l'Eglise orthodoxe russe, hauts fonctionnaires, parlementaires et militants des droits de l'homme qui a tenu ses assises à Moscou. Le Concile a adopté une "Déclaration des droits et de la dignité de l'Homme" qui remet en cause les valeurs libérales occidentales importées par la Russie et propose son interprétation des droits de l'homme dans la société russe.

Transmis le Avr 24, 2006 - 07:11 PM Suite du texte (5016 octets de plus) Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-Laïcité

IIIT France - Institut international de la pensée islamique

INVITATION

Rencontre – Débat

« La laïcité au regard du Coran»

Avec

Ghaleb BENCHEIKH

(autour de son dernier livre paru aux Presses de la Renaissance, Paris, 2005)

Discutant :

Abderraouf BOULAABI
Directeur de l’ISSI


Samedi 10 Décembre 2005 à 14H00

Au bureau de l’institut situé au :
126 rue du Landy 93400 St Ouen
Métro n°13, arrêt Carrefour Pleyel, Sortie BD Ornano /i>

Entrée : libre
Confirmation obligatoire, places limitées


Contact : iiitfrance@yahoo.fr
Site Internet : www.iiitfrance.net






Transmis le Nov 04, 2005 - 10:31 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-Laïcité" La Laïcité au regard du Coran"



Ghaleb BENCHEIKH

Chez éd. Presses de Renaissance, Paris, 2005)



"La séparation du politique et du religieux est-elle à jamais refusée aux peuples musulmans ? La vague fondamentaliste, les foyers de tension de par le monde et la réticence des hiérarques religieux semblent confirmer cette thèse en dépit d'une réalité plus nuancée.

Ghaleb Bencheikh répond d'une part aux préjugés tenaces sur l'« incompatibilité » entre la laïcité et le « fait islamique », et d'autre part aux islamistes qui brandissent le Coran comme une Constitution. Pour lui, une législation positive doit prévaloir sur le droit d'inspiration religieuse. Prônant un islam éclairé, il traite particulièrement de la question de l'égalité entre les sexes dans la mentalité islamique tout comme il désacralise la violence religieuse.

Puisés dans les sciences humaines, ses arguments militent d'une manière originale et audacieuse pour la laïcité. Pour un islam de beauté et d'intelligence. "



Ghaleb BENCHEIKH

Docteur ès sciences, physicien et de formation philosophique et théologique, Ghaleb Bencheikh présente l'émission « Islam » sur France 2. Président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, il fait de nombreuses interventions en France et à l'étranger. Il est notamment l'auteur de "Alors, c'est quoi l'islam ?" (Presses de la Renaissance, 2001). "







Transmis le Oct 30, 2005 - 10:58 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-Laïcité


LA LOI DE SEPARATION DES EGLISES ET DE L'ETAT
DU 9 DECEMBRE 1905


JEUDI 29 SEPTEMBRE 20H 30
salle de l’antichambre de l’Hôtel de Ville d’Avignon

La loi du 9 décembre 1905 : Statu quo, Mutations, Alternatives ?
avec Bruno Etienne,


politologue, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix en Provence (IEP),
directeur de l’Observatoire du Religieux de l’Université d’Aix- Marseille III.


L’Association A.O.C Action Ouverture Culture (Temple St Martial )
sera honorée de votre présence. Tel 04 90 27 16 37
¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤ ¤



LA LAÏCITE EN FRANCE


VENDREDI 7 OCTOBRE 20H 30
Amphithéâtre de l’école d’art, rue Violette. Avignon.

Dieu peut-il se passer de la République ?
avec Franck Frégosi et Michel Bertrand


Franck Frégosi , docteur en sciences politiques, chercheur au laboratoire Société Droit et Religion en Europe (SDRE) de l’université Robert Shuman ( Strasbourg III) associé au CNRS.
Michel Bertrand, docteur en théologie, professeur de théologie pratique à l’Institut Protestant de Théologie (IPT) de Montpellier.



L’Association A.O.C Action Ouverture Culture (Temple St Martial )
sera honorée de votre présence. Tel 04 90 27 16 37





Transmis le Sept 12, 2005 - 02:00 AM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
Religions-Laïcité

Le retour de la transcendance dans l’ordre politique

Rôle de la coopération multireligieuse



Intervention du Dr. William F. Vendley
Secrétaire général de la Conférence mondiale des Religions pour la Paix
Au Colloque de la CMRP "Religions et Citoyenneté au XXIe siècle" à l'UNESCO

Commentaire de Geneviève Comeau, théologienne catholique à la fin de l'intervention.

Paris, 1er juin 2005


I - Introduction

Je suis heureux d’avoir cette occasion de discuter avec vous de ce qu’on pourrait appeler le retour de la transcendance dans l’ordre politique. Je parlerai du rôle que la coopération multireligieuse peut jouer à cet égard.

Je tiens à rendre hommage à la présence de nos éminents amis de la section française de la Conférence mondiale des Religions pour la Paix.

Le philosophe Régis Debray a soulevé une certaine émotion en France quand il a mis en cause l’idée traditionnelle de la laïcité en suggérant que soit reconnue l’importance de la religion dans ce pays. Quoi qu’on pense de la proposition récemment avancée par M. Sarkozy d’une "laïcité positive" permettant de dégager un financement public en faveur de la religion, ou, aussi bien, des suggestions analogues formulées aux Etats Unis par des partis politiques, une question fondamentale est posée qui est celle de savoir si Dieu peut ou non avoir une place dans l’ordre politique. Cette question est au cœur des réflexions que je voudrais partager avec vous aujourd’hui. Ce que je vais dire est centré sur l’ordre politique sécularisé, héritage des révolutions politiques qui ont eu lieu il y a trois siècles, particulièrement en France.

Sarkozy est objet de controverse quand, comme politicien, il se réfère à la religion, mais il n’est pas le seul à le faire. Aux Etats Unis, le président Bush utilise souvent des images religieuses ; il admet l’influence de sa foi sur ses points de vue politiques. Aujourd’hui, en France, aux Etats Unis et dans d’autres démocraties laïques, il arrive que la religion devienne un enjeu politique qu’un parti met en avant et qu’un autre rejette. En Europe, la polémique relative à l’opportunité de mentionner Dieu dans la constitution européenne a fait réapparaître d’anciennes fractures, mais il semble que cette discussion, au moins dans la presse, n’ait traité le problème que de façon superficielle. A-t-on porté le débat sur ce qui était en cause au niveau de l’ordre politique ? Il semble que non. D’une manière générale, quand on a affaire à des politiciens, il semble souvent que ceux qui ont des positions favorables par rapport à la religion cherchent à utiliser celle-ci, voire à la détourner de son sens véritable, alors que ceux qui refusent d’envisager la pertinence de la religion dans la vie publique tentent de faire l’impasse sur quelque chose qu’on ne peut pourtant pas ignorer.

Il est approprié de soulever ce problème ici, à Paris, au siège de l’UNESCO, institution chargée de mettre en jeu, pour construire la paix, nos richesses de civilisation. L’action de l’UNESCO se développe entre des communautés politiques diverses. Certaines d’entre elles s’inspirent de grandes traditions de transcendance. D’autres ont explicitement rejeté toute notion de transcendance. Dans une telle situation, comment cette organisation peut-elle faire progresser la paix ?

Le philosophe français Jacques Maritain a présenté ce défi d’une manière admirable et toujours valable dans son discours d’ouverture à la seconde conférence générale de l’UNESCO en 1947. Il a noté la profondeur des divisions existant au sein de la communauté humaine, et il a fait observer qu’il était devenu de plus en plus difficile ne serait-ce que de rendre les hommes conscients de la philosophie implicite à laquelle chacun adhère, en fait, bon gré mal gré. "Aussi profond que nous creusions, écrit-il, il n’y a plus aucun fondement commun à la pensée spéculative. Il n’y a pas pour elle de langage commun."

La réponse de Maritain à la question de savoir alors comment l’UNESCO peut agir est instructive. Il note que les buts de l’UNESCO sont d’ordre pratique, qu’un accord entre ses membres peut se fonder non pas sur des notions spéculatives communes mais sur des vues concrètes, non pas sur l’affirmation d’une même conception du monde, de l’homme et de la connaissance, mais sur l’affirmation d’une série comparable de convictions quant à l’action à mener. Maritain ajoute que c’est sans doute bien peu. C’est, dit-il, "le dernier refuge de l’accord intellectuel entre les hommes". Il affirme pourtant, courageusement, que c’est assez pour essayer d’entreprendre une "grande œuvre".

Le raisonnement de Maritain, si on le suit de près, peut servir aussi de fondement rationnel à la coopération interreligieuse d’aujourd’hui. Chaque religion peut être conçue comme ayant ses propres fondements et sa propre auto-interprétation, qui sont bien distincts et nettement différents les uns des autres. Mais peuvent-elles coopérer ? Comment des religions différentes peuvent-elles travailler à cette œuvre commune, basée sur ce "dernier refuge de l’accord intellectuel entre les hommes" ? Nos diverses communautés de croyants peuvent-elles trouver en elles-mêmes des préoccupations largement partagées qui leur tiennent fortement à cœur et envers lesquelles elles puissent s’engager avec toute la force de leurs convictions philosophiques et religieuses?

Mon expérience est que la coopération entre les communautés de croyants existant dans le monde progresse sur la base d’engagements concrets, et qu’elle a un immense potentiel pour mener à bien la "grande œuvre" de Maritain.

Il n’y a peut-être aucune forme de coopération qui ait de plus grandes possibilités d’améliorer les conditions de vie de plus d’êtres humains dans le monde que la coopération entre les religions. Pensez aux réalités suivantes : sur les six milliards d’habitants de la planète, cinq milliards s’identifient à une religion ; sur les vingt-cinq millions vivant dans des zones de conflit ouvert, vingt-trois millions peuvent être touchés à travers leurs structures religieuses ; sur les quarante millions contaminés par le virus du SIDA, trente cinq millions pourraient être atteints à travers leurs communautés ; sur les trois milliards d’êtres humains qui vivent avec moins de l’équivalent de deux dollars par jour, 2,8 milliards pourraient l’être de cette façon. Les religions sont présentes en première ligne aux plus grands défis actuels. Le potentiel qui est le leur pour y faire face est une ressource immense, encore relativement peu utilisée, et je suis convaincu que la coopération entre elles est une clé de la mobilisation de ce potentiel.

La Conférence mondiale des Religions pour la Paix établit, équipe et relie en réseau des Conseils et des groupes interreligieux qui mettent en jeu la force inemployée des communautés de croyants pour construire la paix, désamorcer les conflits et promouvoir le développement durable.

Au sein du réseau international de la Conférence mondiale, les exemples abondent de coopération multireligieuse ayant atteint des résultats tangibles sur le terrain. Les religions travaillent ensemble à la médiation des conflits armés, à l’éducation à la paix et à l’action en matière de SIDA. C’est un travail important et nécessaire. Mais la question que je voudrais poser aujourd’hui va plus loin.

En situant le travail de la WCRP de façon analogue à celui de l’UNESCO, notre action multireligieuse peut être valablement comprise en termes essentiellement concrets. Les buts poursuivis, liés entre eux, ne soulèvent guère de controverses. Il s’agit de désamorcer les conflits armés, de promouvoir la paix et de faire progresser le développement durable. Tout ce que la coopération multireligieuse se propose de réaliser se présente ainsi en des termes accessibles à tous, qu’ils soient ou non religieux. Tout cela se réfère à des préoccupations profondément ressenties et largement partagées, à propos de problèmes auxquels toutes nos communautés sont affrontées.

Sans aucun doute, ce travail concret sera toujours nécessaire dans notre monde, et il restera d’une importance existentielle pour tous les croyants. Mais est-ce assez ? Conçue de cette façon, la coopération multireligieuse ne soulève pas la question de Dieu, et elle ne cherche même pas à la mettre en rapport avec des sujets relatifs à l’ordre politique. Mais le pourrait-elle ? La coopération multireligieuse pourrait-elle aider à faire une place à Dieu dans l’ordre politique ? Plus spécifiquement, et en des termes peut-être plus rigoureusement définis, la coopération religieuse pourrait-elle être le moyen même par lequel une ouverture à la transcendance retrouverait un rôle dans le débat politique ?


II. - L’exclusion de la transcendance, cause du "non-ordre" dans le monde sécularisé.

Permettez-moi de me borner à la tradition occidentale moderne. Ce que je voudrais soutenir, au fond, c’est qu’avoir exclu la transcendance de l’ordre politique est la cause fondamentale du désordre - du "non-ordre" - des sociétés sécularisées. Cela peut sembler d’une grande ingratitude. L’ère sécularisée moderne n’a-t-elle pas été accompagnée par l’essor des institutions démocratiques, des libertés individuelles et de la tolérance entre groupes divers ? Les traditions que nous qualifions de "modernes" ont manifestement produit énormément de bon. Je vis de ces bienfaits, j’en éprouve une vive gratitude et je tiens à les reconnaître comme des formes de progrès.

Mais pour m’aider à vous montrer où je veux en venir, je vous demande de m’accorder encore autre chose : l’existence chez les croyants de convictions quant à la réalité de leur expérience de la transcendance. Ce n’est ni le lieu ni le moment de présenter une défense intellectuelle de ces convictions, encore que je sois certain qu’on puisse le faire.

Si vous me l’accordez, il ne me sera pas difficile de montrer que la trajectoire de la pensée occidentale moderne est une histoire dans laquelle la transcendance a été progressivement exclue de l’ordre politique. D’un point de vue religieux, cette exclusion de la transcendance n’est nullement un "désordre" mineur. On peut soutenir, au contraire, que cette exclusion est à la base du "manque d’ordre", du "non-ordre" de la vie politique de l’Occident moderne.

Le désordre causé par l’exclusion de la transcendance n’est pas à imputer soit à la droite, soit à la gauche. L’histoire du XXe siècle révèle que les formes de gestion gouvernementale de droite et de gauche qui, les unes et les autres, excluaient formellement la transcendance, ont causé de l’ordre de 100 millions de morts. Eric Voegelin, dont la philosophie politique m’a aidé à préciser ma pensée, décrit le siècle dernier comme celui d’une "modernité sans restriction", comme si son affreux bilan avait mis à nu, au cours de ce siècle, les effets du processus déclenché à l’origine. Ce bilan devrait nous inciter à la prudence quand nous entendons dire aujourd’hui, bien trop souvent, que la religion est la principale source de conflits. Il est clair qu’au XXe siècle, ce sont les idéologies politiques séculières, non les religions au sens ordinaire de ce terme, qui se sont affrontées avec une telle violence.

Que faut-il donc entendre par transcendance ? L’expérience fondamentale de la transcendance est la conscience d’une tension existentielle en direction du domaine du Divin. Dans une perspective religieuse, accepter cette tension existentielle, voire s’y abandonner entièrement, est considéré comme une conversion, un ajustement de l’âme à ce qui est le bien. Au sein de l’âme ouverte au domaine du Divin se révèle ce qu’est l’ordre de l’âme. L’âme prend sa place entre la terre et sa source mystérieuse, incréée, qu’elle ne peut ni maîtriser ni contrôler. Dans l’expérience de la transcendance, l’âme ne peut pas être à elle-même sa propre loi. Elle se tourne en direction du domaine du Divin vers lequel elle est orientée existentiellement. Et c’est seulement en se tournant vers le domaine du Divin que l’âme trouve sa place avec et pour autrui.

Dans la conception classique, dont Platon et Aristote ont donné des interprétations différentes mais que les théologies juive, chrétienne et musulmane ont adaptée, la compréhension humaine de la vérité demande la participation du Divin dans le processus de la connaissance. Cette participation peut être comprise comme réalisée à travers le bien - "agathon" - de Platon, l’esprit - "nous" - d’Aristote, ou la raison éternelle - "ratio æterna" - de saint Thomas. Ces mots ne renvoient pas à un objet tangible dans le monde extérieur et ne peuvent donc pas se référer à la réalité selon les conceptions scientifiques modernes. Pour la science moderne, ces notions ne peuvent être que fiction. Cependant, pour un homme religieux, ces termes, ou leurs variantes, visent une réalité d’expérience. En outre, l’homme religieux sait que l’expérience de quelque chose comme le "nous", l’esprit au moyen duquel le Divin participe au processus de la connaissance, est liée à une ouverture à l’expérience de la transcendance. Un enfermement existentiel et l’éloignement de la transcendance réduit notre capacité à le reconnaître.

Se tourner vers le domaine du Divin qui s’ouvre au-delà de l’âme humaine acclimate celle-ci à son ordre transcendental propre. De même, se détourner du domaine du Divin devient l’expérience fondamentale du désordre. Platon développait cette vision radicale en élaborant le parallélisme entre l’ordre de l’âme et l’ordre de la cité. Cette mise en parallèle a été conservée et transformée par saint Augustin, affinée encore par saint Thomas d’Aquin. Elle était présente encore en France sous une forme à demi moderne dans la pensée brillante de Jean Bodin au XVIe siècle. Aujourd’hui, elle n’a plus droit de cité.

Mais sur quoi l’ordre politique va-t-il se baser si ce n’est sur l’ordre fondamental que révèle l’orientation existentielle de l’âme humaine vers le domaine du Divin où elle s’enracine ?

Thomas Hobbes est particulièrement clair parmi les penseurs modernes qui retranchent de leur analyse théorique le fondement transcendant de la vie sociale et politique. Sa pensée est instructive sur le genre de désordre, de "non-ordre" qui naît lorsque la transcendance est éliminée de l’ordre politique. Quand Hobbes tente de retirer la transcendance de l’ordre politique, quelque chose d’autre doit la remplacer comme force d’orientation de l’ordre existentiel et de l’ordre social. La transcendance tourne à la fois l’âme individuelle et la société vers le domaine du Divin, le "summum bonum", le bien suprême, pour qu’il soit le fondement de l’ordre. Retirer le summum bonum en éliminant la transcendance, c’est faire disparaître aussi la source de l’ordre à la fois pour l’âme et pour la société. En effet, l’ordre de l’âme et celui de la société dépendent du nous commun qui procure une expérience partagée du summum bonum. Quand il élimine le nous, Hobbes doit résoudre le problème de construire un ordre social à partir d’individus isolés qui ne sont pas orientés vers un but commun et n’ont d’autre motivation que leurs passions individuelles. Pour Hobbes, la passion commune qui crée l’ordre de la vie politique et sociale est la crainte. Le summum bonum est remplacé par un summum malum, un mal suprême, comme facteur ordonnant la société et la politique. Ce transfert du fondement de l’ordre politique n’est pas un changement mineur, un simple réarrangement du mobilier de notre habitation commune.

Ce qui fait la grande valeur de Hobbes est sa clarté. Avec lui, il devient très clair que si la transcendance ne doit plus être la base de l’ordre de l’âme et de la société, il faut que quelque chose d’autre le soit.

Mais dans une perspective religieuse, la transcendance est un fait réel. Eliminer de la science politique la source transcendante de l’ordre ne change pas la structure ontologique de la réalité. Du point de vue religieux, substituer le summum malum au summum bonum comme fondement de l’ordre revient à instituer un profond "non-ordre". Le domaine transcendant de l’âme est simplement rendu immanent, situé "dans ce monde-ci". Mais celui-ci manque de stabilité. D’un côté, on renonce facilement à soutenir qu’il existe une vérité quelconque au-delà de l’idéologie. Tout est relatif, tout est situationnel. Qu’est-ce que la vérité ? Cette question débouche habituellement sur un scepticisme existentiel et intellectuel qui affecte de tolérer toutes les opinions, mais qui révèle peut-être une fermeture narcissique aux questions profondes de notre esprit. De l’autre côté, peut-être en réaction à ce relativisme qui stérilise l’esprit, des réalités qui ne sont que temporelles - qu’il s’agisse d’appartenance raciale ou ethnique, d’idéologie économique ou même d’une religion faussement interprétée parce que coupée de ses amarres dans la transcendance - ne sont que trop facilement changées en un absolu. Le passage à une religion politique est alors à la fois rapide et mortel, comme le siècle dernier ne l’a montré que trop bien. Et même en l’absence de guerre, nous avons raison de nous inquiéter des dimensions totalisantes de l’ordre moderne - qu’elles soient politiques ou économiques - qui tuent l’âme sinon le corps.

Pendant la guerre froide, Alexandre Soljénitsine, dans un discours à l’université de Harvard, a critiqué à la fois le matérialisme occidental et le socialisme, il a mis en évidence les faiblesses de l’humanisme moderne, et il a souligné la nécessité d’un "changement historique majeur, égal en importance au passage du Moyen Age à la Renaissance." Et il ajoutait : "Ce changement exigera de nous un embrasement spirituel ; il nous faudra nous élever à une hauteur de vues nouvelle, à un niveau d’existence nouveau où notre être physique ne soit pas maudit, comme au Moyen Age, mais où, surtout, notre être spirituel ne soit pas foulé aux pieds comme dans l’ère moderne."


III. -La coopération multireligieuse et la reconquête de la transcendance


L’appel de Soljénitsine est suggestif. Il évoque un "embrasement spirituel" au milieu de charbons qui rougeoient encore, de petites flammes qui tremblotent toujours. Mais cette image suggestive souligne la thèse que je développe ici. Celle-ci est d’abord, et surtout, que surmonter le "non-ordre" politique nécessite de recouvrer l’expérience que l’âme fait de son ordre propre, révélé dans la transcendance. Bien sûr, cela ne peut être un simple retour aux efforts et aux catégories du passé. Méditer avec soin ces tentatives précédentes peut certainement aider ; elles peuvent stimuler profondément notre imagination et lui donner des éléments de comparaison. Mais, finalement, ce que nous avons à faire en notre temps doit se baser sur notre propre manière de cultiver la transcendance. Nous devons nous employer à revenir encore et encore à la conscience de cette réalité dans laquelle il faut s’enraciner et qui se trouve au-delà de nous-mêmes. Bref, la reconquête de la transcendance dans l’ordre politique dépend, d’une manière absolument fondamentale, de la reconquête de la transcendance par les individus.

Vaclav Havel a soutenu la même thèse, lui qui souligne maintenant ouvertement le besoin que l’ordre politique a de la transcendance. Il note que "dans le monde multiculturel actuel, la voie vraiment sûre vers la coexistence, la coexistence pacifique et la coopération créatrice, doit partir de ce qui est à la racine de toutes les cultures et est enfoui dans le cœur et dans l’esprit des hommes infiniment plus profondément que les opinions politiques, les convictions, les antipathies ou les sympathies - elle doit être enracinée dans la transcendance de soi."

Mener une vie de transcendance demande toujours du courage. Essayer de vivre la transcendance dans une société de "non-ordre", une société qui a perdu le langage de la transcendance, peut en exiger encore plus. En face des hommes accomplis, des capitaines, des réalistes purs et durs de l’ordre sécularisé, cela peut même causer un sentiment d’embarras. Il semble si sot, si naïf, si démodé, d’un archaïsme si agaçant, de parler de transcendance à ceux qui maîtrisent les règles d’un ordre d’où elle a été exclue.

Et pourtant, il semblerait d’une évidence incontestable que cultiver les spiritualités contemporaines authentiques de la transcendance doit constituer la base et fournir le fondement d’un renouveau de l’ordre politique. Cultiver des expériences puissantes et soutenues de transcendance dans le monde d’aujourd’hui est sans aucun doute la contribution la plus essentielle que nos communautés de croyants puissent lui apporter. En outre, à partir de leur expérience de la transcendance, nos communautés de croyants sont mises au défi de s’en prendre à la configuration de l’ordre politique. Elles sont mises au défi de traduire leur compréhension propre de l’ordre transcendantal de la personne pour aboutir à des formes d’ordre politique qui soient ouvertes à la
transcendance et la respectent.

Mais comment le faire aujourd’hui en respectant une authentique pluralité de conceptions ? Tel est notre défi fondamental. Et il convient de se demander quel rôle la coopération multireligieuse peut jouer pour permettre ce retour de la transcendance dans l’ordre politique.

Rappelons-nous les paroles de Jacques Maritain. Il disait, dans le discours que j’ai cité au début : "Aussi profond que nous creusions, il n’y a plus aucun fondement commun à la pensée spéculative. Il n’y a pas pour elle de langage commun."

Méditons cette dernière phrase : "Il n’y a pas pour elle de langage commun." J’ai beaucoup de sympathie pour la prudence de Maritain, mais je me demande aussi si nous n’assistons pas à une évolution qui peut nous donner un peu d’espoir.

Les langages sont des systèmes ouverts : ils sont créateurs ; ils progressent. Et quelque chose progresse dans le langage utilisé par les communautés de croyants lorsqu’elles s’engagent ensemble à des actions pratiques sur la base de ce que Maritain appelait "le dernier refuge de l’accord intellectuel entre les hommes".

Beaucoup de communautés de croyants ont ouvert la porte à une coopération interreligieuse effective en devenant, en quelque sorte, bilingues. Chaque tradition religieuse a son propre langage primaire qui définit la communauté. La tradition montre clairement que ce langage religieux primaire évolue. Il est ouvert, dynamique et productif. Il fournit à la communauté, tandis qu’elle traverse le temps, la grammaire de son identité en lui montrant la direction de son passé, de son présent et de son avenir.


Mais un langage religieux primaire, quelle que soit sa force première, n’est pas celui qui peut mobiliser les croyants d’autres religions ou le public en général. Les représentants des communautés de croyants apprennent aujourd’hui à parler aussi ce que j’appellerai le langage public. Les communautés apprennent à transposer leurs préoccupations morales, enracinées dans leurs langages primaires respectifs, dans un langage public partagé. Celui-ci leur offre un terrain d’entente pour clarifier les points d’accord et de divergence sur des questions morales importantes, et il sert de base à l’action menée en coopération, le genre d’action concrète dont parlait Maritain.

Mais est-ce là tout ce qui est possible ? Les préoccupations concrètes sont-elles les seules à pouvoir être mises en langage public ? Si les communautés de croyants peuvent transposer dans les langages publics leurs préoccupations morales concrètes, qu’en est-il de leurs autres soucis ? Qu’est-ce qui empêcherait ces communautés de mettre aussi en commun dans ce langage leur expérience de la transcendance, de l’ordre de l’âme et des exigences de l’ordre politique ?

Nous pourrions en citer des exemples éclairants. SAR le prince Hassan, modérateur de Religions pour la Paix a écrit au défunt pape Jean-Paul II pour lui dire son admiration, en tant que musulman engagé, pour l’enseignement social de l’Eglise catholique. Le prince Hassan reconnaissait qu’en plus de sa base religieuse, cet enseignement pouvait être justifié à partir de formes publiques d’une rationalité ouverte à la transcendance. Dans sa lettre, le prince faisait part de sa propre compréhension du noyau des expériences islamiques de spiritualité, également susceptibles d’être transposées en style public afin de servir de ressources pour le développement de formes d’ordre politique ouvertes à la fois au pluralisme et à la transcendance.
On pourrait soutenir que notre langage public d’aujourd’hui est précisément inapte à exprimer des idées aussi élevées. On pourrait estimer qu’il est réducteur et ne se prête pas à traiter de tels sujets. Mais bien que ce soit largement vrai, est-ce là une réponse suffisante ? Pourquoi penserions-nous que le langage public est fini, fermé, et incapable de progrès ? Ce qui me frappe est que le développement du langage public, ou des langages de la transcendance ainsi que les concepts publics d’un ordre politique ouvert à la transcendance, est l’un des grands défis posés à nos religions.

Permettez-moi de conclure avec cette image qui m’a souvent aidé. Avant que j’emménage dans un appartement à New York, j’habitais une maison à la campagne avec un assez grand bureau. J’avais fixé au mur derrière ma table de travail un tableau d’environ trois mètres de large et de plus d’un mètre de haut. Sur l’axe vertical de ce tableau étaient répertoriées les civilisations connues de la famille humaine, tandis que l’histoire de leur naissance, de leur décroissance, de leur mort et de leurs progrès était consignée sur les trois mètres de la largeur. J’avais ainsi sous les yeux une image merveilleuse de notre famille humaine. Ce qui me frappait, quand je l’observais, c’était la brièveté de ce que nous appelons modernité. Elle n’occupait qu’environ les deux derniers centimètres des trois mètres du tableau.

Ces deux derniers centimètres représentaient la période pendant laquelle l’ordre politique a exclu la transcendance. Et pourtant, presque tout ce qui conduisait à ces deux centimètres correspondait à des périodes où l’ordre politique était alimenté par des notions diverses de la transcendance, des plus simples aux plus richement différenciées.

Cette image ne suggère-t-elle pas la grande tâche qui attend nos communautés d’hommes religieux ? Une tâche qui mettrait en jeu nos imaginations de façon comparative tandis que nous rappellerions notre passé et que nous nous efforcerions en même temps de faire surgir la créativité nécessaire pour l’expression d’une transcendance tendue vers l’avant. Allons-nous abolir notre histoire et désavouer les expériences profondes de transcendance qui nous ont fait entrer dans l’ère moderne ? Ou pouvons-nous, à la lumière de ces traditions vivantes de transcendance, nous employer aujourd’hui à transposer nos propres expériences religieuses de la transcendance, actuelles quoique formées par l’histoire, dans un langage public apte à construire un ordre politique ouvert à la transcendance ?

Elaborer des langages publics de transcendance ne garantit pas le progrès. Ils seront en concurrence avec d’autres formes de discours public qui refusent la transcendance. Pourtant, le langage public transcendant peut fournir un moyen d’expression et aussi un guide à ceux que captive l’attraction existentielle de l’âme vers son domaine divin.

En bref, je crois que nous, de Religions pour la Paix, avons deux tâches à remplir. La première sera toujours avec nous. C’est la tâche concrète, dont la signification existentielle est immense, consistant à travailler ensemble à désamorcer les conflits, à construire la paix et à promouvoir le développement durable. Ces objectifs pratiques décrivent bien ce qui préoccupe les hommes de religion.

Mais il est une autre tâche à accomplir, une qui est à poursuivre concomitamment avec la première. C’est notre volonté de restaurer un ordre, des ordres politique, social et économique qui soient ouverts et qui, à leur manière, fassent honneur à tout le mystère et à la dignité de chaque personne, tels qu’ils se révèlent dans l’orientation de l’âme vers son domaine divin.

Tandis que nous portons ensemble les seaux d’eau destinés à éteindre les incendies d’aujourd’hui, portons aussi les briques dont nous avons besoin pour construire ensemble. Cultivons nos propres expériences les plus radicales et les plus inclusives de la transcendance et les notions d’ordre qui s’y rapportent, mais apprenons aussi à en parler dans nos églises, nos synagogues et nos mosquées, sur nos places publiques aussi, d’une manière qui embrasse les différences.

Peut-être un jour le grand "embrasement spirituel" de Soljénitsine viendra-t-il. En attendant, nous avons du travail à faire.

Je vous remercie de votre patiente attention.



Commentaire 1 – de Geneviève Comeau, théologienne catholique.


Sollicitée pour répondre à M.Vendley, je donne une réponse qui pourrait s’intituler « De l’ambiguïté de l’appel à la transcendance », pour mettre M.Vendley en garde contre l’ambiguïté possible de ses propos.

La coopération entre les religions est assurément une bonne chose, mais ne doit pas se tourner en front commun des religions contre l’athéisme. La coopération d’hommes religieux et d’athées, agnostiques, indifférents, hommes de bonne volonté, est indispensable.

Le lien direct de cause à effet que l’auteur établit entre l’exclusion de la transcendance et le non-ordre est contestable. Il a le ton de prophète de malheur du Prologue de Dei Filius au Concile Vatican I ; ce Prologue menaçait la société de se perdre dans l’abîme si elle oubliait Dieu.... Je ne sais pas quelle est l’appartenance confessionnelle de l’auteur ? En tout cas l’Eglise catholique a changé depuis Vatican I et le XIX° siècle –et heureusement !

L’auteur met directement en lien l’exclusion de la transcendance et les totalitarismes du XX° siècle. Mais il oublie de parler des démocraties. Dans une démocratie, le lieu du pouvoir est vide, il n’est occupé ni par Dieu ni par un roi. Certes, il est occupé par des êtres humains, mais de façon provisoire (cf. les analyses de Claude Lefort dans L’Invention démocratique, Fayard, 1981). Cela engendre une incertitude, qui semble faire peur à l’auteur, puisqu’il agite tout de suite le spectre du Léviathan de Hobbes. Le rôle des religions, me semble-t-il, est de donner des ressources spirituelles pour bien vivre cette incertitude, sans vouloir tout de suite la combler par l’appel à une transcendance rassurante –sans compter que la transcendance n’est pas tout à fait la même selon les religions…

La démocratie n’est pas censée reposer sur la foi en Dieu (même si ce n’est pas incompatible) ; elle suppose une forme de relation à l’autre qui accepte les divisions, les conflits d’intérêts, d’opinions et de valeurs, comme quelque chose d’indépassable.

Dans une démocratie il peut y avoir des philosophies et des spiritualités fort diverses. Mieux vaut encourager la démocratie (et se demander comment chaque religion peut y contribuer) que d’en appeler à un retour de la transcendance, qui peut être politiquement manipulé…

Bref, la modernité n’a pas que des côtés négatifs, c’est du moins mon avis et celui de bon nombre d’Européens, je crois. Mais j’admets que sur ces questions des différences de sensibilités existent entre Europe et Amérique. C’est peut-être cela que j’ai ressenti fortement à l’UNESCO en avril dernier.

G.Comeau, théologienne catholique




Transmis le Juin 10, 2005 - 05:15 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
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L’INSTITUT INTERNATIONAL DE LA PENSEE ISLAMIQUE
IIIT France



En partenariat avec

L’Institut sur l’Islam et les Sociétés du Monde Musulman (IISMM)

L’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)


Organise son 4ème congrès des chercheurs sur l’islam



L’IDENTITAIRE ET L’UNIVERSEL DANS L’ISLAM CONTEMPORAIN



SAMEDI 11 JUIN 2005
de 8H45 à 18H00



à l’Amphithéâtre de L’EHESS
105 Boulevard Raspail 75006 Paris
M° 12 : Notre-Dame des Champs ou Rennes

LES AXES DE LA JOURNEE :
- Place et enjeux de l’identitaire dans la littérature contemporaine sur l'islam
- Universel , humanisme et globalisation: de la quête du sens à la quête du pouvoir
- Identités collectives émergentes et reconnaissance
- Laïcité : gestion de l’identitaire et tentation universelle
- Les Processus de la Citoyenneté musulmane dans la perspective européenne

INTERVENANTS (Par ordre alphabétique):


Mohamed ARKOUN - Jean-Michel BARREAU - Jean BAUBEROT - Ghaleb BENCHEIKH -
Ahmed BOUBEKER - Houari BOUISSA - Jean-Louis BOUR - Marie-Laure BOURSIN -
Dounia BOUZAR - Alain GRESH - Mohamed KADARI -
Moussa KHEDIMELLAH - Stéphane LATHION - Pierre LORY-
Omero MARONGIU - Semra MERAL - Mohamed MESTIRI - Daniel RIVET -
Yazid SABEG - Nourredine SEOUDI –
Mallory SCHNEUWLY-PURDIE -
Ahsène ZERHAOUI.


Entrée libre, Confirmation recommandée


IIIT / France : 4, RUE GALVANI 75017 PARIS. TEL : (33) 0140102446 FAX : (33) 0140102447
E. mail : iiitfrance@iiit.org - Site Internet : www.iiitfrance.net






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UNESCO


LA DIVISION DES POLITIQUES CULTURELLES ET DU DIALOGUE INTERCULTUREL
DANS LE CADRE DU PROGRAMME DU DIALOGUE INTERCULTUREL ET INTERRELIGIEUX

LA CONFERENCE MONDIALE DES RELIGIONS POUR LA PAIX



INVITATION

COLLOQUE

RELIGION ET CITOYENNETÉ POUR LE XXIème SIÈCLE


Le mercredi 1 juin 2005 salle IV
de 17h. à 20h.


( accueil à partir de 16h.30)


7 place de Fontenoy 75007 Paris




Inauguré par M. Mounir Bouchenaki
Sous-directeur général pour la culture

Débat animé par M. Ghaleb Bencheikh
Président de la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix , section française.
Intervenants :

S.E. Mme. Samira Hana El Daher
Déléguée permanente du Liban auprès de l'UNESCO.

M. Jean Daniel
Écrivain – Fondateur du Nouvel Observateur.

Dr.William F. Vendley
Sécrétaire général international de la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix.

M. Xavier de Villepin
Ancien Président de la Commission des Affaires Étrangères du Sénat.

Cette invitation pour deux personnes sera demandée à l'entrée principale de l'UNESCO
Secrétariat de la CMRP – 8 bis rue Jean Bart 75006 Paris
Tel./ Fax 01 46 33 45 39 – Courriel : cmrp.france@libertysurf.fr






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Le Collectif Interreligieux d’Orange
Membre de la conférence mondiale des religions pour la paix
Présente :

Nos religions
Face aux défis de la Modernité



Avec :

Pour la communauté Protestante
André GOUNELLE
Professeur honoraire de la faculté de théologie protestante de Montpellier.

Pour la communauté Catholique
Gérard LEROY
Professeur de Philosophie
Auteur de “ le salut au-delà des frontières ”

Pour la communauté juive
Jacques OUAKNIN
Ancien grand rabbin de Marseille

Pour la communauté Musulmane
Mehdi ZOUHGA
Imam à Marseille
Modérateur : Laurent BRODIN



Mardi 5 Avril 20h 30
Au Temple rue Pontillac à ORANGE
Libre participation aux frais



Transmis le Mar 19, 2005 - 11:38 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
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ASSEMBLEE GENERALE 2005


le dimanche 19 juin 2005 à 14 heures
à la Maison des Œuvres (salle Saint Paul) de l'Eglise Saint Léon
11 place du Cardinal Amette - 75015 Paris (métro La Motte Picquet Grenelle)



Déroulement de la matinée

- 9 h 30 – Accueil


- 10 h 00 - Rencontre des groupes affiliés et sympathisants de la CMRP
. Point de situation et perspectives (Jean-Pierre Martin)
. Partage sur les réalisations, projets et attentes

12 h 00 - Pizzas partagées

14 h 00 - Assemblée générale statutaire
Ouverture par le Président

1. Rapport moral
2. Rapport financier
3. Elections au Conseil d'administration

Conformément aux statuts, les membres du CA sortants (par 1/3) peuvent être réélus. D'autres candidatures sont possibles. Les personnes, membres de la CMRP, désirant se présenter au CA, sont invitées à envoyer par écrit leur candidature motivée au Président de la CMRP avant le 14 juin.


15 h 30
- Exposé de Michel Cardon sur les projets de la CMRP
- Exposé du Père Hoffmann : "Relations entre l'interculturel et l'interreligieux "

17 h – Fin






Transmis le Mar 03, 2005 - 07:42 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable
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Le rapport entre l’Etat et les différents cultes
23 novembre 2004
Groupe interreligieux pour la Paix
Salle Sainte-Marie - Versailles





Intervention de Monsieur Vianney SEVAISTRE
Chef du bureau central des cultes de septembre 2001 à mars 2004
Conseiller technique chargé des affaires cultuelles au cabinet du ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales (Nicolas SARKOZY du 20 juin 2002 au 31 mars 2004 ; puis de Dominique de VILLEPIN du 31 mars au 1er novembre 2004)



Introduction
J’ai quitté récemment mes fonctions. Je ne peux donc parler qu’en mon nom propre, sans engager le gouvernement.
Dans mon exposé,
1) je rappellerai des éléments de droit qui définissent les relations entre l’Etat et les cultes.
2) Je donnerai quelques points sur les difficultés telles que je les perçois pour les principales religions de notre pays.
3) J’expliquerai les raisons pour lesquelles plusieurs gouvernements successifs, de droite comme de gauche, se sont profondément engagés pour favoriser la création d’une instance représentative du culte musulman.
4) Je vous laisserai le soin de conclure en me posant des questions.

J’essaierai de ne pas tenir de langue de bois et si jamais vous estimez que je tiens un tel discours, je vous serais reconnaissant de me poser des questions sur les points litigieux.


1. Préambule : l’état du droit

La loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat est en général mal connue. Elle permet de définir le contenu de la laïcité à la française, sans en donner de donner de définition.

Trois points clés de la laïcité sont donnés dans les premiers articles de la loi de 1905 et contrarient des idées reçues :
- Article 1er : La République garantit le libre exercice des cultes.
- Article 2 : La République ne reconnaît aucun culte, ne subventionne aucun culte. C’est ce qu’on retient le plus souvent de la loi de 1905.
- Article 4 : La République est respectueuse de l’organisation interne de chaque culte.

Ces trois articles appellent quelques commentaires :

La religion n’est pas cantonnée dans la sphère privée. En effet, si la république garantit le libre exercice des cultes, c’est bien parce que la religion n’est pas cantonnée dans la sphère privée. Vous n’êtes pas tenus de ne pratiquer qu’à domicile ou dans vos seuls édifices du culte.
Les limites de la pratique religieuses sont fixées par deux espèces de bornes :
- L’ordre public : la jurisprudence et la loi ont précisé cela en 100 ans.
- Le fric : les subventions publiques sont interdites, cependant des exonérations d’impôts sont autorisés pour les édifices du culte dans certaines conditions. Ces exonérations, qui ne sont pas des subventions publiques, traduisent clairement la volonté du législateur en 1905 : les cultes participent à l’apaisement de la société et sont utiles à la Nation.

Mais quelle différence entre le culte et la religion ?
Le mot religion appartient au vocabulaire philosophique et n’a pas de valeur juridique. Par conséquent, il n’est jamais utilisé par les représentants de l’Etat pour définir des droits et des devoirs.
Le mot culte a été défini progressivement par la jurisprudence. Le culte recouvre les notions suivantes :
- Les cérémonies religieuses ou célébrations ;
- Les édifices du culte : location, acquisition et entretien ;
- La formation religieuse et les personnes qui participent à la diffusion de cette formation.
Pour simplifier, je dirai que le culte est l’expression extérieure d’une religion.


La République ne reconnaît aucun culte, mais n’en méconnaît aucun. La République se refuse à porter un jugement sur la doctrine d’un culte, la république se limite à interdire les pratiques d’un culte qui troublent l’ordre public.
En complément, la République refuse qu’un culte vienne se mêler des affaires de l’Etat. Par exemple, l’appel au refus de payer l’impôt qui pourrait être lancé par un prédicateur à l’occasion d’une cérémonie religieuse est sanctionné par la loi.

La loi de 1905 a créé une catégorie particulière d’associations, les associations cultuelles, qui bénéficient d’avantages fiscaux particuliers si elles se consacrent exclusivement au culte, mais elles ne peuvent pas recevoir de subventions de la part des collectivités publiques.

Les dirigeants de ces associations cultuelles dialoguent avec le gouvernement et les administrations en vue de résoudre les problèmes qui sont rencontrés quotidiennement. Le dialogue est indispensable pour que l’article 1er de la loi de 1905 soit respecté. Ce dialogue est établi avec tous ceux qui le souhaitent.
J’ai travaillé ainsi avec les religions représentées par les personnes ici présentes mais aussi avec les Témoins de Jéhovah, les Moonistes ou les Scientologues. En effet, il appartient aux préfets ou aux tribunaux de décider si une association remplit les critères exigés pour bénéficier des avantages ouverts aux associations cultuelles.
J’ai été sollicité pour résoudre des problèmes internes à des associations cultuelles. Je n’ai jamais pris partie ; j’ai parfois donné des conseils mais j’ai toujours affirmé que seul le juge est compétent pour régler des litiges internes à une association.

2. Difficultés des principaux cultes avec l’Etat
Je vais maintenant évoquer quelques difficultés rencontrées par les principaux cultes avant d’aborder la question spécifique de l’islam.
Il ne m’appartient pas de parler des difficultés internes à chaque culte ni de faire de l’interreligieux. Ces travaux ne relèvent pas de la responsabilité de l’Etat. Je me limiterai à mon champ de compétence avec un exemple par culte.

Eglise catholique
Les visites des tours des cathédrales sont payantes et c’est l’Etat qui récupère les droits de visite. Selon la loi de 1905, l’entrée dans les édifices du culte est gratuite. Mais également, la visite des trésors des cathédrales est payante ; c’est l’Eglise qui récupère l’argent de la billetterie.
Un projet de loi devrait régulariser la totalité de ces recettes.
Protestantisme
La loi de finances pour 2003 interdit la rémunération des dirigeants d’une association si le chiffre d’affaires est inférieur à un seuil. Or la loi de 1905 prévoit que les associations cultuelles peuvent rémunérer leurs pasteurs.
Quelle est la loi qui s’applique ?
En fait, le MINEFI donne une dérogation au cas par cas, si elle est demandée.

Judaïsme
Un nombre significatif de digicodes ne sont pas casher. Faut-il faire payer la modification des digicodes par tous les copropriétaires si l’un d’entre eux demande la casherisation du digicode ? que faire quand il s’agit seulement d’un locataire ?
La Cour de cassation s’est penchée sur la question.


3. Les objectifs du gouvernement français avec l'Islam

A. Les objectifs techniques avant la création du CFCM

Ces objectifs sont anciens et ont été exprimés depuis les années 1980 :
- Les musulmans ne disposant pas d'instance représentative de leur culte comme les religions catholiques, protestantes ou juives, ne peuvent pas bénéficier de tous les droits ouverts par la loi. Par exemple la désignation des aumôniers, en particulier pour les prisons, n’est pas possible.
- La mise en place d’une instance représentative du culte musulman s’est heurtée à la division des musulmans. En effet si la diversité musulmane et la diversité protestante sont de même nature au moins en France, elles ont une histoire différente : la fédération protestante de France, qui regroupe environ 60 % des protestants de France, a été créée seulement en 1904 après 3 siècles de protestantisme ; les musulmans sont présents en nombre significatif sur le sol métropolitain depuis 1960, avec seulement 40 ans de présence.




B. Les objectifs politiques depuis le 11 septembre 2001

Le sentiment anti-musulman s’est renforcé en France et dans le monde entre le 11 septembre 2001 et la création du CFCM en mai 2003.
Lors du passage de Nicolas SARKOZY à 100 minutes pour convaincre, en novembre 2003, un sondage indiquait que 68 % de la population française considérait que l’islam était incompatible avec les valeurs de la République ; en mai 2004 Valeurs Actuelles publiait un sondage affirmant que 48 % de la population française avec la même opinion. Ainsi en 18 mois, 20 % de la population française a changé d’opinion sur l’islam.

Avant la création du CFCM le sentiment général est le suivant :
- la population française exprime sa crainte face aux musulmans et à l'Islam.
- les musulmans perçoivent cet amalgame entre islam et terrorisme. Pour reprendre une expression de Nicolas SARKOZY, les musulmans se sentent musulmans dans le regard de l'autre. Jean-Paul Sartre écrivait « on se sent juif dans le regard de l’autre » à propos des années sombres de l’occupation.

Nicolas SARKOZY, à la suite de ses prédécesseurs, ministres de l’intérieur, JOXE, PASQUA, CHEVENEMENT, VAILLANT, analysait la situation de la façon suivante :
- la question de la compatibilité de l'islam avec les valeurs républicaines est absurde : comment devrait-on "gérer" les cinq millions de musulmans français ou étrangers vivants en France s'il y avait incompatibilité ? il faudrait exiler ces personnes ? vers où (en particulier ceux de nationalité française) ? il faudrait les convertir ? au nom de la liberté d’exercice du culte ? cela est insensé.
- Il est inacceptable que la population française se scinde en deux parties : les musulmans et ceux qui refusent l’islam.
- La vraie question est celle du respect de l'ordre public : la police a interpellé en quelques mois une trentaine de terroristes, dont certains dans des mosquées. Les musulmans ont le droit de vivre leur religion et de la transmettre à leurs enfants. Les musulmans ont le droit de vivre à l’abri du terrorisme musulman porté par El Qaeda.
- Cette amalgame entre islam et terrorisme provient de l'ignorance de la population française sur l'islam. L'ignorance engendre le mépris et la violence.

La perception par les musulmans de cette situation les conduit à un repli identitaire afin d'affirmer leur droit à la différence.

Que faire ? Que doit faire le monde politique ?
- ne rien faire : cela conduit au développement de l'ignorance, de la violence et du repli identitaire. Pendant 20 ans, aucune action concrète efficace, durable n’a été conduite. On en mesure les conséquences aujourd’hui en mesurant le retard à rattraper.
- favoriser la création le bon fonctionnement du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM). Il faut que les problèmes techniques auxquels les musulmans trouvent des solutions et qu'une voix unique et apaisée parle de l'islam.


4. Les mécanismes mis en place pour permettre aux musulmans de prendre la place qui leur revient.
Pourquoi le MISILL a agi et comment fonctionne le CFCM.
A. Les raisons d'agir du ministère de l'intérieur

La loi française (loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat) dispose :
- La République garantit le libre exercice des cultes. C'est à ce titre que le ministère de l'intérieur a participé de façon active à la création d'une instance représentative du culte musulman et qu’il travaille activement pour en assurer la pérennité.
- La République ne reconnaît aucun culte. C'est à ce titre que M. CHEVENEMENT a réuni au sein de la Consultation des musulmans de France en novembre 1999 les associations et personnes les plus représentatives des musulmans, en prenant en compte celles qui apparaissaient les plus et les moins dégagés du fondamentalisme. En effet il n’appartient pas de dire quel est le bon ou le mauvais islam, si l’islam de la mosquée de Paris est meilleur doctrinalement que l’islam de l’UOIF.

B. Le CFCM et les CRCM

Le CFCM est composé par le CFCM et les 25 CRCM (un par région administrative). Le CFCM est chargé de définir les orientations de principe et de dialoguer avec les pouvoirs publics au niveau ministériel. Les CRCM sont chargés d'appliquer ces principes et de dialoguer au niveau local.
Exemple : on ne discute pas à Paris des difficultés de la construction d'une mosquée dans une ville de province.
Le CFCM exerce un droit de suspension sur une décision d'un CRCM.

Le CFCM est composé de trois instances :
- une assemblée générale de 200 membres environ (3/4 élus, ¼ non élus)
- un conseil d'administration de 63 membres environ (2/3 élus et 1/3 non élus)
- un bureau élu par le conseil d'administration.

Les 25 CRCM sont composés chacun de trois instances :
- une assemblée générale composée par les délégués des lieux de culte de la région (leur nombre est proportionné à la superficie de la salle de prière)
- un conseil d'administration et un bureau élu par les délégués.

Le mode électoral est le scrutin par liste à la représentation proportionnelle au plus fort reste. Ce mode est celui qui favorise le mieux les minorités. En effet le but du CFCM et des CRCM est d'assurer le mieux possible la représentation de la diversité donc des minorités.
Ce mode permet également qu'aucune des écoles de pensée "majoritaire" (au moins relativement) puisse imposer son mode de pensée et ses décisions.


5. Les relations internationales

A. Avec les "pays d'origine"

Algérie, Maroc, Tunisie et Turquie ont été tenus informés des travaux en cours, conduits avec l'assistance du cabinet du ministre, par ce cabinet ou par le ministre.
Il a été pris en compte que ses pays comptaient de nombreux ressortissants en France. Il était donc normal que les ambassades soient informées des travaux conduits sous l’autorité du ministre de l’intérieur.
Nous n’avons pas sollicité ces pays, nous n’avons pas demandé à leurs ambassadeurs d’influer sur leurs ressortissants dans un sens ou dans un autre, nous les avons informés des buts recherchés et des modalités utilisées. Ils nous ont affirmé que nos travaux étaient compatibles et cohérents avec leurs objectifs.


B. Avec les pays occidentaux

Les ambassades de nombreux pays occidentaux ont suivi le processus. En effet la plupart des pays concernés n'ont pas encore d'instances représentatives ou en disposent, qui ne donnent pas satisfaction.

La spécificité du CFCM est qu'il a été conçu par des musulmans pour des musulmans, sans que l'Etat impose quoi que ce soit. Son fonctionnement sera donc indépendant de l'Etat même si dans ses débuts un accompagnement s'avére utile.

Conclusion en trois parties

Je cite un préfet, aujourd’hui à la retraite « supprimer un curé dans un village, c’est se contraindre à créer un poste de gendarmerie ». Je traduis : un curé ne coûte rien à l’Etat ni au contribuable ; une brigade de gendarmerie coûte les salaires des gendarmes et leurs retraites.

Je cite Nicolas SARKOZY « il faut créer des lieux de lumière dans nos banlieues [des églises, des temples, des synagogues, des mosquées] qui sont les seuls endroits dans lesquels toutes les générations se retrouvent. Je ne vois pas pourquoi on finance des stades et pas ces lieux de lumière ».

Si le XIXème siècle a été le siècle de l’industrialisation au détriment du social et du spirituel, le XXème siècle celui du social au détriment du spirituel, au XXIème siècle, le spirituel revient au galop.

Notre présence ici ce soir confirme l’intérêt que notre société attache au spirituel, soit pour le défendre, soit pour l’attaquer. Ceux qui l’attaquent se positionnent par rapport au spirituel, ce qui montre la prééminence du spirituel sur les autres besoins fondamentaux de l’homme.


Transmis le Déc 29, 2004 - 11:57 PM Envoyez cette article à un ami Format imprimable