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Nous vous recommandons des articles très intéressants à l'occasion du déconfinement dans:

le Bulletin de juin 2020 de l'association Tibhirine.


La Lettre du CERDI, de juin 2020.

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Publié le Oct 10, 2021 - 09:15 PM
Religions et conflitsLe sort des Ouïghours –par Ghaleb Bencheikh.


Le sort terrifiant qui s’abat sur les Ouïghours, depuis un moment déjà très long, est plus qu’une atteinte grave aux droits fondamentaux de la personne humaine. C’est un opprobre pour les autorités chinoises et c’est une verrue sur le visage de la communauté internationale qui laisse faire.
Certes quelques manifestations de réprobation se font voir et entendre, mais cela reste très en deçà de ce qui est requis pour venir en aide à un peuple en danger. Les tergiversations et les atermoiements dans la dénonciation sont incompréhensibles.
A fortiori, la pusillanimité des États membres de la Conférence de la coopération islamique est plus qu’étonnante.

Leurs dirigeants sont prompts à s’insurger contre les attaques dont feraient l’objet les musulmans de par le monde, parfois avec virulence injustifiée, alors qu’en l’espèce, ils s’illustrent par leur mutisme voire par leur complicité tacite. En effet, en dehors de Recep Tayyip Erdogan qui, par calcul politique met à profit pour la proximité linguistique et culturelle et se montre sensible au sort des Ouïghours - Il l’a fait savoir au gouvernement de Pékin- les autres chefs d’État et de gouvernements arabes et musulmans se montrent extrêmement frileux. Ils peinent à condamner la répression qui prend pour cible le peuple ouïghour. Ils ne veulent pas compromettre leurs relations avec la Chine, notamment en ce qui concerne la coopération économique. Encore une fois, lorsqu’il s’agit d’intérêts économiques, les droits de l’Homme ne pèsent pas lourd et l’on devient très peu clairvoyant. Les dirigeants musulmans se drapent derrière le principe de non-ingérence dans les affaires internes des États. Ils considèrent que les questions relatives à la province du Xinjiang relèvent de la souveraineté nationale chinoise. Alors que ces mêmes dirigeants ont été prompts à relayer l’appel au boycott des produits français suite à l’affaire des caricatures en France.

Pourtant, des documents comme les Xinjiang Papers transmis au New York Times en novembre 2019, informent de la répression terrible qui s’abat contre les musulmans ouïghours. D’autres comme les China Cables, confirment le caractère carcéral des camps d’internement construits à partir de 2014 dans le but d’enfermer des milliers – voire des centaines de milliers - d’Ouïghours et de Kazakhs de confession islamique1. Ils y sont amenés à abjurer leur religion, à renier leur foi et à affirmer leur dévotion au parti communiste. L’internement est abusif et il se fait de façon préventive, sans procès ni jugement dans le cadre d’une vaste campagne dite de lutte contre le terrorisme.

Certes, le terrorisme abject et la violence aveugle qui le caractérise sont à condamner avec la dernière énergie, simplement ils deviennent parfois des prétextes commodes pour tout régime qui veut opprimer une partie de la population. Il suffit d’alléguer qu’elle est composée de séditieux et de séparatistes. Et quand bien même il y aurait eu des mouvements subversifs de la part de certains Ouïghours gagnés aux idées wahabo-salafistes - car hélas l’idéologie fondamentaliste et le djihadisme qu’elle secrète n’épargnent pratiquement personne - rien ne justifierait un châtiment collectif aussi implacable.

La lutte de l’État chinois contre les séparatistes suit un mode systématique et coriace dans l’organisation de la répression. Expropriations, fermeture de mosquées, effacement des prénoms à consonance islamique, interdiction du pèlerinage à la Mecque, ligature des trompes des femmes et exploitation par le travail des hommes dans les camps, sont le lot des membres de la communauté ouïghoure selon ce qui est rapporté. Des cadres communistes espionnent les familles pour vérifier leur allégeance au parti et s’assurer de l’ardeur de l’expression de leur nationalisme.

En outre, l’architecture traditionnelle des villes du désert de Takla-Makan et tout particulièrement la « physionomie » de l’oasis de Kashgar ont été grandement détruites. L’urbanisme des cités au pied des montagnes du Tian Shan s’est transformé en construction plutôt moderne entamant ainsi sérieusement le patrimoine architectural séculaire de cette région.
Devant ces exactions, la minorité ouïghoure ne parvient guère à se faire entendre. Elle se démène pourtant via l’organisation internationale en exil - le Congrès mondial des Ouïghours - présidée par une femme septuagénaire, Rebiya Kadeer. Celle-ci, femme d’affaires issue de la noblesse traditionnelle ouïghoure, est une militante qui devait subir les affres des geôles chinoises pendant six ans pour divulgation de secrets d’État. Et après qu’elle a été élargie, elle a fui aux États-Unis. Parlant au nom du peuple ouïghour, elle déclare représenter son intérêt collectif aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la région autonome du Xinjiang de la république populaire de Chine. Rebiya Kadeer assure, dans ses rencontres avec les journalistes occidentaux, ne demander que la démocratie et le droit à l’autodétermination pour les Ouïghours et nullement l’indépendance ou une quelconque séparation d’avec la Chine.

Ces derniers jours, face à l’aggravation de la situation des Ouïghours, la réaction encore timide au niveau international, commence petit-à-petit à être entendue. D’abord sur le plan diplomatique, le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, par exemple, a condamné avec beaucoup de fermeté « tout le système répressif mis en place au Xinjiang (…) et toutes ces pratiques sont inacceptables car elles vont contre les principes universels des droits de l’homme ». Puis sur le plan économique, des entreprises chinoises accusées de participer aux persécutions de populations ouïghoures au Xinjiang sont désormais interdites de toute activité aux États-Unis sur décision du département d’État.
Pour l’instant, le gouvernement chinois fait mine d’ignorer ces critiques qui se développent de plus en plus dans le monde. Arguant toujours que la politique chinoise au Xinjiang « ne relève pas des droits de l’Homme ni de la liberté de culte, mais de la lutte contre le terrorisme et le séparatisme ».
Dans ce cas, le terrorisme et le séparatisme ont bon dos. Et les Ouïghours, uniment et indistinctement pâtissent d’une terrible répression. Nous verrons bien si une évolution dans cette politique se fera sentir dans les temps à venir. Entretemps, les Ouïghours injustement persécutés auront toute notre solidarité et notre sympathie.

1-On avance le nombre d’un million d’internés.
 
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