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Prières

- Prières des différentes religions ou relatives à l'interreligieux.
En particulier, prières contre le Covid-19 , proposées par les Baha'is de Nice.

Publié le Mar 27, 2003 - 04:38 PM
Dialogue interreligieuxpar Irène Soetaert, à l'AG du 23 Mars


Introduction

Le sens et le but d'un groupe local : de la France à l'Europe, le dialogue interreligieux pour la Paix.
L'actualité brûlante donne à notre journée d'assemblée générale de la C.M.R.P. un relief particulier, mais surtout donne la mesure de notre faiblesse, la mesure de ce qui pourrait être, et qui est si peu : la force de la Paix Cependant une parole de paix est toujours bonne à donner, bonne à recevoir : une parole est la moitié d'un dialogue, un dialogue est le commencement d'une parole commune.


Vous m'avez demandé un témoignage sur notre groupe C.M.R.P de Lille, son sens et son but, dans la perspective d'une articulation entre le local et l'Europe.
J'essaierai de dégager en quatre points, la vie de notre groupe dont l'origine est une initiative de Jean Dumas, avec qui nous avons animé pendant quelques années, lorsqu'il était pasteur à Lille le groupe oecuménique de Lille, avec qui j 'ai continué à entretenir une relation de grande amitié toute enjolivée de discussions théologiques sur le dépassement du dialogue oecuménique, l'ouverture à l'interreligieux.
J'ai eu la chance de lire son livre à l'état de manuscrit, son arc-en-ciel des religions est un rayon de soleil dans le paysage assombri qui est le nôtre.
Notre groupe a quatre ans. Il est à géométrie variable, nous sommes entre dix et vingt selon les jours, nous nous réunissons tous les deux mois environ, nous sommes heureux d'être ensemble, hommes et femmes de bonne volonté, tout simplement. Le pasteur Frédéric Verspeeten et moi-même animons le groupe depuis son " lancement " par Jean Dumas, mais tous les deux nous partons, lui pour Strasbourg, moi pour Paris, le groupe continuera sans nous évidemment, différemment et dans le même esprit à la fois, c'est un groupe qui vit.
Avec Frédéric nous sommes sur la même longueur d'onde, parfaitement en accord sur le sens et le but de cette animation, il est de coeur avec nous cet après midi, et je suis simplement celle qui parle au nom des deux.

Quatre points donc :
- s'apprivoiser pour se connaître
- travailler pour se comprendre
- accepter les divergences pour se concilier et parfois se réconcilier.
- inventer des actes et des paroles communes pour apprendre à vivre parfois quelque chose de marquant ensemble


1- S'apprivoiser pour se connaître.

D'emblée ou du moins très rapidement, nous avons adopté de façon non systématique, car les sensibilités doivent être respectées, le tutoiement, et nous nous sommes rencontrés plus facilement de cette façon :


Je vous dirai donc qu'il y a Patrick et Bernard les bouddhistes zen, Jacques, Michel, Marie Claude, Josiane, Odette, Bernard, Chantal Annette et Jean François les catholiques, Hamsa, Rana et Chouki, les musulmans, Edgar l'israélite, Ferydoun et Haydée les baha'is, Frédéric, Janine, Jacques, François les protestants, et moi-même l'orthodoxe de service... et plusieurs autres que je ne peux tous nommer.
Un petit groupe où s'est installer un micro climat un lieu de concorde et de paix ? Du moins un désir d'un lieu possible.
Chacun s'exprime en son nom, il ne se sent pas " représentant " de sa tradition, mais curieusement, ce faisant, sa tradition à travers lui devient accessible, vivante, dégagée des images stéréotypées que l'on a toujours de l'autre quand on ne prend pas le temps de commencer par une vraie rencontre.
Lorsque ce climat est établi, il peut se passer des choses intéressantes ; exemples : citations de la torah et du coran pour dire la même chose, découverte, joie, devant cette concordance.


2- Travailler pour se comprendre.

Nous avons institué des thèmes de réflexion : le pouvoir, les fondamentalismes, nous avons accepté de questionner nos traditions, nous cherchons à nous découvrir réciproquement : ainsi les baha'is nous ont fait un exposé sur leur tradition religieuse que nous connaissons bien peu. L'honnêteté intellectuelle est de mise, première marche vers la tolérance et au-delà, la reconnaissance. Ainsi, les racines de l'antisémitisme, en recherchant les aspects antisémites de la pensée de Luther, exposé fait par le pasteur protestant.
Les catholiques ont fait un exposé à trois voix sur le fondamentalisme, à la suite des deux voix musulmanes, sur le même thème de l'interprétation des Ecritures.

Je me prépare à faire un exposé sur le fondamentalisme dans la tradition orthodoxe, ce n'est pas si facile de prendre du recul, mais on est aidé par le regard de cet autre devant qui une fois pour toutes on a accepté de déposer son discours. C'est de cette façon que tombent d'elles-mêmes les paroles inacceptables, irrecevables, aussi cohérentes soient-elles dans une théologie donnée : on se gargarise facilement de belles paroles quand on est "entre soi", Dieu a beau dos, l'actualité le prouve tragiquement, mais il y a longtemps que nous le savons tous.
Pour moi, chrétienne, Si Dieu le Verbe s'est fait chair, c'est pour assumer et porter au-delà d'elle-même notre condition humaine, non pour que nos paroles humaines mettent la main sur le mystère de la Parole de Dieu. Finalement c'est une question de libération de notre parole d'hommes, de sa dignité.


3-Accepter les divergences pour apprendre à se concilier pour parfois pouvoir se réconcilier.

Cela est possible parce que ce qui précède a été accompli. Un exemple émouvant, l'amitié entre Rana, la musulmane chiite libanaise et Haydée baha'ie : elles sont ennemies par tradition, amies par découverte et réconciliation de traditions à travers elles, symboliquement. Tout est dérisoire pour les pessimistes et les moroses, mais nous ne sommes pas des pessimistes et des moroses à la C.R.M.P. Chaque pas de réconciliation est une petite victoire de la Paix sur la guerre. Et la paix commence par la pacification intérieure, nos amis bouddhistes, en résonance avec la tradition hésychaste de l'Orient chrétien, nous le rappellent.

Mais ne soyons pas dupes : les conflits existent, nous en avons eu un grave lors de notre dernière réunion, et lorsqu'ils éclatent, le danger est grand de passer de la personne à la tradition religieuse, restons vigilants, garder le cap de la relation personnelle. C'est à ce niveau seul que la réconciliation est possible si la conciliation a été tentée.


4-Inventer des actes et des paroles communes pour apprendre à vivre parfois des choses marquantes ensembles et ouvrir ainsi un chemin d'espérance.

D'abord des choses simples répétitives mais festives comme en famille : nous organisons chaque année un repas, en Juin. Chacun apporte ses spécialités, et c'est un moment gourmand de découverte mutuelle très concrète et très appréciée... Il y a aussi les contraintes de respecter les interdits des uns et des autres. On y établit des liens plus familiaux, on lance des projets.
Ensuite des actes posés : participation à une prière commune pour la paix au Kosovo. Une prière commune pour la paix après le 11 septembre en mars dernier. Un plus par rapport à Assises : nous avons laissé à chaque tradition religieuse la responsabilité d'organiser son temps de prière à sa guise, mais nous étions dans le même lieu, reliés par la lumière des cierges allumés par l'enfant du prêtre orthodoxe grec de Lille, et par le pasteur Frédéric Verspeeten.

Tout cela est bien peu de choses, et pourtant c'est ainsi que nous apprenons à nous connaître, à comprendre que nous sommes tous habités par la même aspiration : la même certitude un peu utopique "que le droit coule comme l'eau, et la justice comme un torrent qui ne tarit pas" (Amos 4,24).

Le monde d'aujourd'hui comme celui d'hier et de demain a besoin pour penser l'homme, pour agir de façon plus humaine, de transcender l'actualité et de s'inscrire autrement dans l'Histoire..
" Penser l'homme, ce n'est pas penser à hauteur d'homme, car aucun homme n'est la mesure de la hauteur ".
Jean François Mattei : La Barbarie intérieure.


En conclusion, je dirais que nous sommes en apprentissage de paix et d'espoir d'une façon très concrète car en dehors des abstractions bien pensées, dans une tentative de rencontre en vérité et simplicité, dans la rectitude de la foi respectée de chacun, qui n'a rien à voir avec la raideur des catégories et des certitudes qui refusent de se mettre en perspective. Le cercle s'ouvre tout naturellement car recentré à l'essentiel, nous pouvons suivre les rayons de chacune de nos traditions, elles ne risquent pas de se laisser emprisonner par des circonférences artificielles.

Et l'Europe, me direz vous, qu'en faites-vous, avec votre petit groupe de 20 personnes ?
Je reprendrai la formule de notre ami musulman Hamsa : une communauté de valeurs à partir de la valeur d'une communauté.
Ce qui compte pour l'Europe c'est non pas se tourner vers son passé :
quel est-il ce passé de guerres fratricides ? Mais de regarder son advenir.

Pour aborder en conclusion la question du préambule de la constitution, un préambule est un acte de fondation : nous avons besoin de fondations qui nous rassemblent. Comment imaginer se battre en tant que chrétiens et religieux pour inscrire en préambule de la constitution européenne les valeurs religieuses qui ouvrent sans restriction, à l'esprit qui dépasse toutes les frontières y compris celles de la foi, lorsqu'on a fait l'expérience du dialogue interreligieux ouvert à l'infini ?
Comment oser se poser en s'opposant ?
Seul l'Esprit donne du souffle, et l'Esprit nous rassemble.
Seul il peut conjurer la haine et la violence. Toutes traditions confondues nous percevons le même appel ; nous comprenons l'enjeu et nous savons bien que nous avons à faire un effort réel pour inscrire en préambule de notre quotidien comme à celui de la constitution de cet espace de notre vie commune qu'est désormais l'Europe, valeurs spirituelles, celles qui sont communes à tous les croyants et aussi à tous les hommes de bonne volonté qui n'appartiennent pas à une tradition religieuse.
Conférence Mondiale des religions pour la Paix, la Paix est au centre, les religions sont à son service, elles l'ont montré ces derniers jours par l'unanimité de leur position contre cette guerre de désolation.
Un petit groupe à Lille ou partout ailleurs est une parole qui devient acte.
Une communauté, c'est deux ou trois qui se réunissent en Son Nom, ne pas nommer est aussi une approche spirituelle des Mystères. Mais ne pas s'aimer c'est un outrage à toutes nos traditions spirituelles.

 
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