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Prières

- Prières des différentes religions ou relatives à l'interreligieux.
En particulier, prières contre le Covid-19 , proposées par les Baha'is de Nice.

Publié le Juin 22, 2002 - 11:24 PM
Vivre ensembledu Cardinal Arinze, président du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux


Bien des éléments sont nécessaires pour le bon fonctionnement de la société. Ils ont des dimensions sociales, culturelles, économiques, politiques et religieuses. Nous nous attachons ici aux visions religieuses de la société humaine. Comment les religions du monde voient-elles celle-ci, notamment quant à son origine ? Que peut apporter la religion pour que la société devienne ce qu’elle doit être, particulièrement en ce qui concerne la conversion des cœurs et la promotion de la justice et de la solidarité, fondements indispensables de la paix ?



1. - Des préoccupations communes.

Assemblés ici de tous les continents et de la plupart des religions, nous portons le souci de l’état de la société humaine dans le monde entier. Notre siècle a connu des guerres et des conflits dévastateurs, et les armes ne se sont pas tues partout. Le refus d’accepter qui appartient à des religions ou à des groupes ethniques ou linguistiques différents se manifeste de façon inquiétante. Des blessures historiques toujours à vif ont conduit à des massacres tribaux et à ce qu’on appelle la purification ethnique.

En même temps, nous constatons qu’un nombre croissant de personnes de bonne volonté agissent concrètement pour guérir les plaies et reconstruire un tissu social entre les peuples. Bien des gens cherchent ensemble comment promouvoir une société humaine plus conforme à la volonté du Créateur. La WCRP est l’une de ces initiatives au niveau mondial. C’est un organisme interreligieux. En quoi la religion est-elle donc impliquée dans tout cela ?

2. - L’homme, créature sociale.

Les religions professent presque toutes que la société humaine vient de Dieu, le Créateur. C’est Dieu qui a créé l’homme et la femme et leur a donné une nature sociale, de telle sorte que les humains ont besoin les uns des autres pour atteindre la plénitude de leur potentiel de croissance, pour devenir tout ce qu’ils peuvent devenir.

La famille est la cellule fondamentale de la société. Un colloque international sur le mariage et la famille réuni à Rome en 1994 réunissait des chrétiens, des juifs, des musulmans, des bouddhistes, des hindous, des sikhs et des représentants des religions traditionnelles d’Afrique et des Amériques. Ils se sont trouvés d’accord sur ces vérités de base que le mariage et la famille viennent de Dieu, que maris et femmes sont complémentaires, que l’enfant est le couronnement du mariage, et que la famille est un élément essentiel de la construction d’une société saine.

Les religions du monde considèrent que la société humaine requiert bon ordre et harmonie. Nul n’étant auto-suffisant, l’interdépendance et les tâches complémentaires à remplir en société postulent une autorité. Et celle-ci doit être comprise non comme une domination mais comme un service, si bien que l’obéissance à l’autorité civile n’humilie pas la personne,mais fortifie l’individu comme la société.

Heureuse le pays dont les citoyens adhèrent à une telle vision religieuse !. Il faut qu’elle soit non pas imposée, mais proposée aux autres pour qu’ils la partagent. Il faut qu’existe une volonté de collaborer avec des personnes de bonne volonté, même si elles ne partagent pas les mêmes convictions religieuses.

3. - La religion est nécessaire pour la conversion du cœur.

La Conférence Mondiale des Religions pour la Paix doit être félicitée pour ses actions multiples engagées dans bien des lieux du monde en vue de la solution des conflits, de la réconciliation entre parties en guerre, du désarmement, du respect des droits de l’homme et du redressement des situations d’injustice et de discrimination.

Tous ceux qui s’engagent dans ces missions dignes d'éloges savent que la conversion des cœurs est indispensables pour faire régner la justice, la paix et l’harmonie entre les peuples et pour une solution satisfaisante des conflits. La guerre prend sa source dans le cœur des hommes avant de se manifester par les armes. La solution radicale des conflits, de la violence et de la guerre réside dans la conversion du cœur humain. C’est alors que les armes tomberont des mains des belligérants et que de meilleures relations pourront être établies.

En tout ceci, la religion est indispensable. Elle offre aux hommes l’un des plus puissants motifs de réfléchir à leur conduite et à leurs relations avec autrui, de se reconnaître coupables quand ils ont eu des torts, et d’en demander pardon. C’est elle qui persuade l’offensé de pardonner et de tendre la main à l’offenseur. Les considérations religieuses induisent en outre puissamment les hommes à respecter le droit d’autrui, à dire la vérité, à se montrer honnêtes envers les autres, disposés à négocier et à se conformer aux engagements pris. La religion enseigne la charité, l’amour, la compassion, l’harmonie et la non-violence. Que beaucoup soient réellement convertis dans leur cœur par une religion authentique, et nous vivrons dans un monde bien plus heureux.

4. - La religion et la justice.

Il faut insister sur la contribution de la religion à la justice. La vertu de justice consiste à respecter les droits d’autrui et à promouvoir l’harmonie dans les relations humaines. Parmi les droit les plus chers à la personne humaine figurent le droit à la vie, le droit de pratiquer librement sa religion, de s’exprimer, de s’associer avec d’autres, de se marier,de travailler et de posséder des biens. Bien qu’il puisse sembler évident que toute personne humaine doit avoir le libre exercice de ces droits donnés par Dieu, tous ont été violés tour à tour dans l’histoire. Une religion authentique doit conduire au respect des droits humains et à la pratique d’une plus grande justice entre les hommes. C’est la route obligatoire qu’il faut suivre pour aller vers la paix et l’harmonie que le cœur humain désire tant.


5. - La religion et la solidarité.

Les religions nous enseignent, chacune à sa manière, que les êtres humains ne sont pas isolés comme les bêtes sauvages dans la forêt. Ce sont des êtres sociaux interdépendants. Ce sont des frères et sœurs cheminant ensemble dans le pèlerinage de la vie. Ils ont besoin les uns des autres.

L’interdépendance, pas seulement supportée mais acceptée, aimée et vécue, devient la haute vertu morale de solidarité. Les chrétiens l’appellent charité ou amour du prochain ; les bouddhistes la nomment compassion. La solidarité aide à voir les autres non comme des rivaux, non comme une menace, non comme des objets, mais comme des enfants du même Dieu qui a créé les biens de la terre pour tous. “La solidarité, dit le Pape Jean-Paul II, nous aide à voir en “l’autre” - qu’il soit une personne, un peuple, une nation - non pas une sorte d’instrument doté d’une capacité de travail et d’une force physique à exploiter à bas prix et qu’on peut ensuite rejeter dès qu’il ne sert plus, mais comme un “voisin”, un “aide” (Cf. Gn 2, 18-20) avec lequel il faut partager, à égalité avec nous-mêmes, le banquet de la vie où Dieu nous invite tous” ( Sollicitudo Rei Socialis, 39).

C’est la vertu de solidarité qui fait reconnaître la destination universelle des biens de la terre, qui fait comprendre que Dieu a créé les bonnes choses de ce monde pour le bien de tous et non seulement pour quelques uns (Cf. Vatican II, Gaudium et Spes, 69). Cela signifie que les riches ont des devoirs envers les pauvres. Quand bien même ses richesses auraient été légitimement acquises, aucune personne, aucun pays n’a le droit de banqueter somptueusement dans une oasis d’agrément et de gaspillage quand les autres personnes, les autres pays, vivent dans un désert de misère et de faim.

La solidarité nous propose aussi un regard religieux sur la question écologique. Nous, hommes, sommes les gérants, non les maîtres des biens de la création. Nous ne devons pas les gaspiller. Nous ne devons pas priver les autres, y compris les générations futures, de leur juste part dans l’usage de ces biens. Et nous devons être conscients que nous aurons à rendre compte à Dieu de la façon dont nous aurons usé des biens de ce monde.

C’est la solidarité qui pousse les hommes à se mettre au service des organisations gouvernementales et non-gouvernementales, des associations bénévoles et des organismes sociaux et religieux œuvrant à la promotion humaine et à l’aide aux personnes dans le besoin.

Mesdames et Messieurs, au moment d’entrer dans le troisième millénaire, que nos réflexions dans cette septième assemblée mondiale de la WCRP nous aident à mieux reconnaître, et à mettre en oeuvre dans nos vies par un engagement plus ferme, une saine vision religieuse de la société humaine, don de Dieu le Créateur.

(discours prononcé en séance plénière à la septième Assemblée Mondiale de WCRP le26 novembre 1999)


 
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