Publié le Août 13, 2007 - 12:06 AM
Vivre ensemble

Transmission des valeurs
Enjeu pour notre époque et pour la paix
4ème rencontre du groupe inter-religieux des Sables d’Olonne



Transmettre aux hommes les moyens de s’accueillir mutuellement peut contribuer à faire avancer la paix dans le monde. « Dans le contexte actuel difficile, il est plus que jamais urgent de soutenir l’effort de tous ceux qui travaillent à favoriser l’estime, la convivialité, la paix » dira Malika de confession musulmane. Alors qu’Olga,de tradition juive, nous transmettra elle aussi son message de paix en citant un texte de Josy Eisenberg, rabbin responsable des émissions juives du dimanche matin à la télévision dont voici un extrait : « Tous les hommes forment une vaste famille. Et pour qu’une famille soit heureuse, il faut que chacun apprenne à écouter et à comprendre les mots des autres ».

La diversité de cette grande famille des hommes était présente le 7 février dernier, Salle St Pierre aux Sables d’Olonne où soixante-dix personnes environ, de confession catholique, protestante, juive, musulmane et bouddhiste ont échangé sur la « Transmission des Valeurs ».

De quelle nature sont les valeurs transmises ?
Dans les religions monothéistes, c’est pour répondre à l’amour de Dieu que les croyants pratiquent et transmettent des valeurs telles que l’amour du prochain. Pour les bouddhistes, être en quête d’une sagesse personnelle inclut d’honorer l’autre. Ainsi, les valeurs fondamentales transmises de générations en générations par les pratiquants de diverses religions sont avant tout des valeurs humanistes comme le constate Christian, protestant, parce qu’elles répondent à une foi en l’homme.

Quelles valeurs sont importantes ?
Le RESPECT de l’autre qui inclut la gratitude envers les parents et la politesse à l’égard de tous, est considéré comme fondamental. Il peut prendre la forme de COMPASSION lorsque l’autre est atteint physiquement ou moralement et qu’il est nécessaire de lui apporter un soulagement. La JUSTICE grâce à laquelle des querelles peuvent être évitées est primordiale. « Il est important de se mettre à la place de l’autre pour mieux comprendre sa revendication, c’est la justice du coeur » indique Brigitte, catholique tandis que Malika souligne un verset du Coran « Que la haine envers un peuple ne vous incite pas à commettre des injustices ». La SOLIDARITE est proche de la justice car, « lorsque celui qui possède vient en aide à celui qui n’a pas, il participe au rétablissement d’un certain équilibre dans la société » nous précise Olga d’ailleurs, « Tout juif doit pratiquer la « tsédakah » ou entraide envers la communauté juive et au-delà » . L’HOSPITALITE procède également de l’aide à l’autre. Malika indique que « c’est une valeur fondamentale de l’islam ». Les musulmans l’ont prouvé dans diverses circonstances : au XVème siècle les juifs chassés d’Espagne se sont réfugiés en terre d’Islam et plus tard, lors du dernier grand conflit mondial, le roi du Maroc Mohamed V a refusé de livrer ses sujets juifs au Gouvernement de Vichy. Notons enfin une réflexion de Brigitte qui, au nom des catholiques, souligne que « toutes ces valeurs sont proposées par Jésus Christ dans l’évangile des Béatitudes ».

Comment se comporter pour mettre en valeur ces vertus ?
Chaque être humain, à sa naissance, est unique. Cela induit qu’il devra, tout au cour de sa vie, être entouré d’individus différents de lui. Comment accepter la différence de l’autre ? Denise nous indique que chez les bouddhistes chacun est invité à développer une pensée plus large, à lâcher son « moi », son « je », son « ego », à réserver un espace en soi pour accueillir l’autre. Cela suppose d’abdiquer de son pouvoir, laisser l’autre s’exprimer, respecter sa pensée, sa religion, pratiquer une ouverture d’esprit.
Mais dans le cas où, spontanément, toutes ses vertus trouvent de la résistance en nous, il est possible, avec modestie et humilité, de faire un retour sur soi : c’est la révision de vie, l’examen de conscience pour les chrétiens. Les juifs pratiquent la « téchouvah » précise Olga « dans la tradition juive, l’être humain a le pouvoir de procéder à son introspection et d’opérer le retour sur soi et vers Dieu à n’importe quel moment de sa vie. Le pardon lui sera toujours accordé. ». Pour rester fidèle aux valeurs auxquelles on tient, ce passage est indispensable.
Pour terminer ce relevé de valeurs fondamentales que les différents intervenants ont exprimé, relevons que la sagesse orientale représentée par les bouddhistes invite à transmettre aussi la joie.

Comment s’opère la transmission des valeurs ?

Au sein de la cellule familiale par l’éducation des enfants.
La cellule privilégiée pour la transmission des valeurs est, bien entendu, la famille puisque dès la naissance l’enfant va y être plongé. Il s’agit toutefois de respecter sa personnalité. Denise indique que les bouddhistes attachent de l’importance au « développement des capacités physiques et intellectuelles propres de l’enfant ». Olga de la communauté juive dit aussi « L’enfant est un être en soi et non une extension de son père ou de sa mère ».
Autre point souligné par Denise : la transmission des valeurs nécessite de « préserver une ambiance confiante et aimante autour de l’enfant. Il devra progressivement apprendre à chercher la motivation de ses actes et ne parler qu’à bon escient ». C’est un moyen de privilégier l’intelligence du cœur.
Brigitte, maman catholique de plusieurs enfants préconise « d’accompagner plutôt que de diriger l’enfant ». Pour qu’il trouve les repères solides à son évolution elle ajoute « cela nécessite que le foyer ait valeur d’exemple ».

Par le ressourcement spirituel
La transmission des valeurs spirituelles passe par l’étude des textes sacrés quelle que soit la religion. Une recherche en groupe est toujours préférable en raison de l’enrichissement mutuel. La conduite d’un maître à penser (bouddhistes), la réflexion en groupe (chrétiens) évitent de se laisser envahir par son « ego ».
Pour les chrétiens, les sacrements aident à progresser dans la foi et à rester fidèles aux valeurs auxquelles on tient ; par exemple : le baptême engage à suivre le Christ au service de nos frères, la communion, chez les catholiques, est nourriture spirituelle au quotidien pour ceux qui le désirent ; le sacrement du mariage est une force pour demeurer dans la fidélité et dans l’amour etc.. Ce dont nous vivons n’est pas à garder pour soi. Il faut le partager « diffuser la parole de Jésus Christ est un devoir » dit Christian, protestant.
Expliquer les grandes fêtes religieuses est un moyen de faire connaître ce qui est important pour le croyant S’intéresser aux pratiques des autres religions contribue à les respecter et à les comprendre. « Au-delà des réjouissances en famille et en communauté, c’est le moment de se souvenir des bienfaits de l’Eternel, et de se ressourcer physiquement, moralement et spirituellement » précise Olga

Conclusion
. Nous avons reconnu que les valeurs humaines profondes qui nous animent sont largement partagées par les représentants de toutes nos religions. Alors, pourquoi encore tant d’incompréhension, notamment à l’égard des musulmans ? Peut-être cela passe-t-il par des actions modestes, sur nos lieux de vie, par exemple partage de ce que nous avons vécu durant cette soirée, pour soutenir ceux qui travaillent à la paix entre les peuples.

Marie-Hélène JURGES
 
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