Publié le Juin 11, 2007 - 10:58 PM
Dialogue interreligieuxTIBHIRINE
Association pour le dialogue interreligieux
NANTES



COMPTE-RENDU DE L’INTERVENTION de Jacques HUBERT
Rencontre des groupes CMRP Paris – Dimanche 18 mars 2007 –




Nous venons de fêter, tout au long de 2006, notre 10e anniversaire avec une série de manifestations importantes à NANTES :
-une NUIT DE LA VOIX
Les chants sacrés de 3 religions : chrétiens, musulmans, hindouistes. Expression de chanteurs de grande qualité conçue pour faire entrer en résonance ces 3 traditions et par-delà leurs différences faire émerger le message de paix de chacune d’elle.
Un grand succès : salle archi comble au cœur d’une ZUP, quartier sensible. Nombreux ceux qui nous ont confié : « quel bonheur ! ça vaut tous les discours sur l’interreligieux ».
Face au manque d’expression collective, au manque de lyrisme, chacun a besoin de musique, de chant, de se sentir appartenir à quelque chose.

- Une MARCHE INTERRELIGIEUSE :
-Marcher entre différents lieux de culte : synagogue-temple église mosqué.
Face au constat de repliement sur sa communauté : c’est important d’avoir un temps où l’on peut bousculer les habitudes, où l’on peut retrouver une image fédératrice capable de rassembler toutes n,os confessions dans une unité supérieure.

- Des CONFERENCE-DEBAT :
Avec Anne-Sophie LAMINE, sociologue des religions ;
Avec John KISER, auteur américain d’un livre de référence sur les moines de Tibhirine ;
Prochainement avec Philippe HADDAD et Ghaleb BENCHEIKH ;
Autant de rencontres publiques pour dire et redire que le dialogue interreligieux est le chemin vers la paix. Ce genre d’événement doit renforcer les liens avec d’autres associations engagées dans le dialogue et doit nous faire connaître : tous nous nous proposons d’être des pédagogues de la laïcité.

- Une JOURNEE DE REFLEXION-DEBAT :
-Pour les membres de Tibhirine où chacun est invité à participer dans des tables rondes de 5 à 6 personnes afin de s’exprimer librement et de faire des propositions d’action.
Riches échanges sans oublier la convivialité du repas.

- Des PARTICIPATIONS A DES FETES :
Comme celle de l’aïd à la fin du Ramadan en soutenant le secrétaire général du CRCM à rassembler les représentants des religions à cette occasion.

Depuis 10 ans, c’est ce que nous encourageons et favorisons : créer des évènements, des rencontres, des conférences-débats, des veillées interreligieuse mensuelles, des festivals de paix…
Nous savons bien que, quand nous sommes en relation et en dialogue, c’est là que l’on contribue utilement et légitimement à la construction de la paix civile.



Aujourd’hui, en 2007, de quoi avons-nous besoin ?

1- ARRIVER A DES ECHANGES EN PROFONDEUR.

Je pense que les questions fondamentales de la vie exigent plus que d’avoir l’avis des autres. On doit réussir à « pénétrer dans le mystère même de la réalité » comme dirait PANIKKAR.
Il nous faut un lieu, un espace où l’on puisse aider à réfléchir sereinement sur le religieux. On ne peut pas parler de liberté de pensée sans respecter les croyances…et les incroyances. Il y a plusieurs manières de dire le monde et je ressens le besoin de prendre le temps de faire la distinction entre savoirs et croyances. Dans notre société multiculturelle c’est un passage nécessaire si on ne veut pas s’enfermer dans le piège du choc des vérités.
C’est Jean Baptiste de FOUCAULD qui affirme que même l’acteur politique, à quelque échelon où il se situe, »doit s’équiper d’un minimum de capital social éthique »
On envisage donc de créer une Académie interreligieuse avec comme objectifs :
-Organiser des Conférences-débat et des enseignements sur les différentes traditions et courants spirituels ;
-Développer des approches historiques, sociologiques ;
-Instaurer des carrefours d’échanges et de réflexion ;
-Mettre en œuvre des activités de formation.
En clair un lieu de rassemblement et d’approfondissement et aussi une maison où l’on inventerait de nouveaux instruments de dialogue et où l’on insufflerait l’esprit d’hospitalité. Issu de toutes les religions, avec les Agnostiques et les personnes en recherche pouvoir se rencontrer simplement autour du thé, échanger nos savoir-faire, parler de notre foi, de ce qui nous anime. Cette structure prendrait place dans une « Maison du Dialogue » dont nous élaborons le Projet et le financement et qui devrait nous permettre d’asseoir et de pérenniser notre Association après 11 ans d’existence.

2- ELARGIR NOS RESEAUX LOCAUX ET TISSER DES AMITIES.

À partir d’expériences diverses dans les quartiers, en s’y associant, nous devons tisser des amitiés, des solidarités et des reconnaissances mutuelles. À travers elles doit se manifester le refus du repli sur soi qui nous guette tous. Les gens ont soif de rencontre : il faut que la flamme de nos veillées mensuelles se propage dans les quartiers…à nous de faire l’effort d’aller vers les autres.
Si on veut vraiment affronter ensemble, au coude à coude, des défis communs et d’abord le défi de l’humain : il faut inlassablement continuer ou commencer à construire des relations personnelles d’amitié et de confiance, sans naïveté, entre tous. Chaque musulman, chaque chrétien, chaque juif, chaque bouddhiste, chaque agnostique devrait avoir, au moins, un ami d’une autre religion.
C’est la clé de la paix future ; et ce n’est pas si simple !
C’est ce lien d’amitié qu’avaient su tisser les moines de Tibhirine avec leurs voisins musulmans, ne l’oublions pas. Et peut-être, comme eux, nous faut-il arriver à entrer, petit à petit, dans l’expérience spirituelle de l’autre. Vivre le passing over, le changement de perspective, vivre une double appartenance signe d’une nouvelle alliance entre religions.
Il ne s’agit pas de renier son appartenance religieuse mais, grâce à cette rencontre en profondeur, reconfigurer son propre univers religieux et sa propre spiritualité. Raimondo PANIKAR devrait nous y aider. Il faut se laisser travailler. La réponse est dans le dialogue.

3-PASSER A UNE VITESSE SUPERIEURE.

C’est le dernier besoin qui est plus personnel et que je vous confie. C’est le souhait de passer à une vitesse supérieure et d’expérimenter. J’ai fait des propositions concrètes à la CMRP – à laquelle nous sommes adhérents – de façon à associer une prestation professionnelle de médiation à l’action concrète du réseau de la Conférence mondiale des religions pour la Paix.

Si l’on positionne le dialogue interreligieux comme un des ferments du vivre ensemble c’est que l’on sait bien qu’à chaque fois qu’il y a conflit entre deux communautés, pour en revenir à la raison et dépassionner les débats, il faut établir le dialogue.
Il s’agit donc de mettre en place un interreligieux citoyen.
Un laboratoire de paix
capable d’intervenir sur place dans tout l’hexagone, de lancer des formations au dialogue, d’engager des médiations quand il y en a besoin.
Un laboratoire qui faciliterait l’expression non-violente des tensions et qui rechercherait des solutions négociées.

Je travaille donc, avec d’autres, pour que les pouvoirs publics, l’Europe reconnaisse ce nouveau droit. Celui de créer un nouveau modèle de régulation sociale et d’expérimenter des propositions innovantes.
Un des objectifs majeurs du dialogue interreligieux se situe là :
Apprendre à faire lien en sortant de soi-même ou de sa chapelle, en s’ouvrant, en s’exposant.
C’est cette mise en réseau des religions qui doit nous faire prendre conscience qu’au-delà de l’individu il y a le « vivre ensemble » et que ce dont nous avons le plus besoin c’est de témoins de la paix.


 
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