Publié le Avr 29, 2008 - 11:43 PM
WCRP - International


Conférence Mondiale des Religions pour la Paix – France
Assemblée Générale - 6 avril 2008 - Saint Denis

(après midi)

Assemblée Générale Statutaire


Rapport réalisé par Marie LEMESLE, complété par des notes de divers participants notamment Bernard REBER

La réunion des groupes interreligieux liés à la CMRP, du matin, est suivie d’une part d’un rafraîchissant récital présenté par la Chorale musulmane AVENIR de Saint Denis, composée de très jeunes filles chantant en plusieurs langues l’espoir d’un monde où triomphe la paix, et d’autre part du traditionnel buffet convivial autour de « pizzas partagées », moment privilégié pour les échanges personnels.

L’ensemble des travaux de l’Assemblée plénière est présidé par Ghaleb BENCHEIKH (Président de la CMRP - France) en présence d’une cinquantaine de personnes

Le Président, ouvre la séance, en remerciant les participants pour leur présence et les responsables de la salle paroissiale Saint Denis pour leur hospitalité. Puis, il annonce le déroulement de l’après-midi qui sera conforme à celui inscrit sur la convocation.


RAPPORT MORAL

- Présence de la CMRP dans la société française
La matinée ayant déjà été consacrée à présenter les diverses actions sur le terrain des Groupes locaux, le Président en vient directement à la présence de la CMRP au cœur des débats sociétaux, laquelle se manifeste par son implication personnelle comme le montre le nombre de ses « sorties » (une trentaine depuis le début de l’année) dans des Colloques, Séminaires, Conférences à travers la France, sans compter ses interventions dans différents médias.
Très sollicité, Ghaleb BENCHEIKH ne se limite pas aux thèmes récurrents du dialogue interreligieux, comme la Laïcité, la Présence de l’islam ou l’Enseignement du fait religieux mais participe à des débats sur des thèmes d’actualité comme Journée de la Femme, la Francophonie, ou encore l’Homoparentalité, faisant alors entendre une voix spécifique pour plus de Paix. Intervenant délibérément au nom de la CMRP, et parfois à côté d’autres membres du Conseil d’Administration, il lui arrive de refuser de participer à des réunions partisanes ou orientées vers des buts différents de l’organisme qu’il préside et dont il veille à donner une image juste. C’est ainsi qu’il lui est donné de contribuer efficacement au rayonnement de la CMRP.

- Projet de Colloque

En gestation depuis un certain temps, le projet d’un nouveau Colloque spécifiquement CMRP est entré dans sa phase de maturation. Les deux thèmes à l’étude sont la Sécurité partagée, concept internationalement adopté par WCRP-Religions for Peace, et l’Education et la préparation des générations à venir, c’est-à-dire les questions d’éthique et de transmission. Mais la question des moyens matériels insuffisants pour organiser une telle manifestation demeure plus que jamais d’actualité.
Aussi, et en écho à ce que le Président appelle « une phase de transition », il existe une autre proposition comme alternative à ce projet de « Grand Colloque ». Certains membres du C.A. optent plutôt pour l’instauration d’un rendez-vous annuel sur une élongation mensuelle prédéfinie (par exemple chaque mois de mai) qui inscrirait l’action de la CMRP dans le concert des activités publiques visiblement utiles à la société. Un tel angle de vue permet une recherche d’appuis financiers plus ciblés.

- Prises de positions publiques

Au vu des événements dramatiques actuels dans le monde, liés aux religions, la CMRP est sollicitée pour des prises de positions en faveur de la paix. Ainsi, Ghaleb BENCHEIKH a-t-il pu sans problème cosigner un texte avec Monseigneur STENGER, Président de Pax Christi, au sujet de la situation des chrétiens en Irak. Mais dans d’autres cas la question d’engagement pour la paix est plus délicate comme on l’a vu en ce qui concerne la situation en Israël-Palestine, lors de l’attentat contre une école juive et l’attaque contre des civils palestiniens.
En effet comme l’explique Mehrézia MAIZA qui demande la parole, la condamnation simultanée des deux crimes n’allait pas de soi de la même façon au niveau national, européen et international de WCRP-Religions for Peace. Que veut dire alors, souligne-t-elle, « s’engager pour la paix » si l’on fait deux poids deux mesures ? Par exemple, en ce qui concerne la condamnation de l’école juive cosignée par le Prince Hassan Bin Talal et deux amis juif et catholique du réseau Religions for Peace, relève-t-elle de l’initiative personnelle ou de la prise de position de l’organisme en entier ?
Des échanges suivent d’où il résulte que l’idéal visé est que l’on arrive à faire des déclarations communes, quels que soient l’agresseur et l’agressé.

Ce rapport moral est soumis au vote et adopté à l’unanimité.


ÉLECTIONS AU CONSEIL D’ADMINISTRATION


Les bulletins de vote pour le renouvellement partiel du C.A. sont distribués aux membres présents dont certains ont reçu des pouvoirs.
Sept membres du C.A. sont renouvelables : Jacky ARGAUD, Philippe ATTEY, Claude BEUNARDEAU, Vélizar GAJIC, Christiane GILLMANN, Père Pierre HOFFMANN, Jean Pierre MARTIN
Quatre membres de la CMRP se présentent pour rentrer dans le C.A. : Rabbin Rivon KRYGIER, Bernadette LE NOUVEL, Christian LOCHON, Katia ROBEL

Suite aux soixante dix suffrages exprimés, tous les membres candidats au C.A. sont réélus ou élus.


QUESTIONS DIVERSES

- Travail des Commissions
Depuis plusieurs années, la CMRP comporte plusieurs commissions dont certaines ont une activité régulière comme la Commission Prière et Recueillement pour la Paix animée par le Père Higoumène BARSANUPHE.

Quant à la Commission Education à la Paix, elle est maintenant relayée par la Commission Enseignement du Fait Religieux dont la secrétaire Marie LEMESLE présente les grandes lignes.
Impulsée et présidée par Christian LOCHON, très à l’écoute des problématiques de l’enseignement du fait religieux, la nouvelle commission créée en décembre 2007, comprend une demi-douzaine de membres de différentes religions, actifs dans le domaine éducatif. Elle continue le travail de la précédente à laquelle on doit un certain nombre de fiches pratiques et de synthèse sur l’éducation à la paix.
Sous l’égide de Méhrézia MAIZA, le projet actuel consiste en la rédaction collective d’un Livret de Présentation des Religions de France (Foi Baha’ie, Bouddhisme, Christianisme, Hindouisme, Islam, Judaïsme, Sikhisme). Présenté selon un schéma en rubriques facilitant l’approche interreligieuse, cette publication illustrée, dotée d’un lexique, est conçue pour un large éventail de publics désireux de s’informer eux-mêmes pour mieux informer les autres, notamment en ce qui concerne le sens des pratiques religieuses. Parmi les ouvrages traitant déjà des religions, ce Livret de la CMRP doit avoir pour spécificité de rendre explicite le message implicite de paix inhérent à chaque religion. Son impression et sa diffusion se réaliseront en fonction des financements obtenus.
Pour les membres de cette commission « renouvelée » dont l’objet est l’enseignement du fait religieux, enseigner, c’est transmettre des connaissances et des compétences. D’où notamment leur désir de rassembler, d’analyser, de diffuser des expériences déjà réalisées au niveau des groupes locaux dans ce domaine.


- Partenariats au niveau international

Méhrézia MAIZA expose quelques-uns des sujets sur lesquels elle est engagée, avec Jacqueline ROUGÉ et Brigitte CHEVALIER, au niveau international, elle-même étant Coordinatrice des Femmes de WCRP-Religions for Peace. Au cœur des choix internationaux stratégiques pour 2007-2011 se trouve la question du partenariat à amplifier avec l’ONU. En tout état de cause, Religions for Peace reste une force de propositions pour le développement et la démocratie, terrains où peuvent se croiser enjeux culturels et religieux (voir l’action menée entre la Finlande et la Tanzanie).
Un autre champ de collaboration possible pour les Religions est la lutte contre la pauvreté à mener avec les pauvres que l’on réhabilite en leur donnant des moyens d’agir.
Un vaste projet concerne l’Alliance pour le développement avec les Femmes croyantes pour la Paix, Une série de documents visuels est disponible sur l’ordinateur mis sur place à la disposition des participants.


- Site www.religionspourlapaix.org

Responsable du site internet de l’association, Denise TORGEMANE en communique le bilan annuel (près de 150 000 visiteurs, soit le double de l’année précédente). En prenant le mois de mars 2008 comme référence, les visiteurs viennent à 71 % de France pour un total de 71 pays identifiés. 60% des visites concernent les fêtes religieuses et les articles démarrant en page d’accueil, y compris l’éditorial du Président sont en vedette, ainsi que le calendrier mensuel. Rubriques, nouvelles des groupes régionaux, travaux des commissions, mais aussi annonces de manifestation et articles de fond, même anciens, intéressent les visiteurs.
Denise TORGEMANE encourage les membres de la CMRP à lui faire parvenir des textes, notamment concernant leurs fêtes respectives. Par ailleurs, il est envisagé de mettre sur le site le texte des articles publiés dans la presse par les responsables de la CMRP, après accord du journal concerné.
L’assemblée félicite par des applaudissements nourris la webmaster pour son travail remarquable, laquelle demande qu’on y associe Jean-Pierre MARTIN qui l’assiste dans tout le travail interne et externe de communication et de diffusion lié au site.


- Réunion WCRP-Religions for Peace Europe Rovereto 2008

Responsable européen, Bernard REBER rappelle que le thème du Congrès de Rovereto en mai prochain et auquel participera une quinzaine de délégués français, est « Les valeurs pour une Europe qui change ». Six panels sont prévus : - Elaboration de structures pour promouvoir la coopération interreligieuse - Education aux valeurs de l’interreligieux - Progression de la Sécurité partagée en Europe - Dignité de la différence et identité européenne - Education aux Droits humains et contribution au dialogue interreligieux en Europe - Du dialogue à l’action de coopération. Ce rassemblement européen constituera un moment important, avec une présence forte des pays de l’Est dont la participation permettra d’envisager l’Europe dans sa totalité.
Suite à la réflexion qu’il a lancée en début de journée sur la mission, l’organisation et l’articulation des différents niveaux de WCRP-Religions for Peace Europe, ainsi que sur le rôle des leaders religieux, Bernard REBER récolte dans l’assemblée des demandes concernant entre autres, l’usage de la langue française, la mise en place d’un lobbying interreligieux, les politiques d’immigration, la communication entre les réseaux, les moyens financiers, la défense européenne, l’harmonisation de l’enseignement du fait religieux, etc.

INTERVENTION DE MONSIEUR CHRISTIAN LOCHON
LES MYTHES RELIGIEUX DE L’ORIENT ET DE L’OCCIDENT


Après avoir rappelé que Christian LOCHON enseigne notamment à l’Institut RAZALI de la Grande Mosquée de Paris, le Président BENCHEIKH lui donne la parole.

Exposé

Christian LOCHON commence par remercier Jean-Pierre MARTIN qui est à l’origine de l’invitation qui lui a été faite de donner ici une petite conférence. C’est en effet pour lui l’occasion de se présenter aux membres de la CMRP qu’il est heureux de rejoindre et avec lesquels il se sent en communion de pensée, désireux d’agir avec eux pour la Paix.
Le choix du sujet, Les mythes religieux de l’Orient et de l’Occident, correspond au sens de son parcours personnel qui éclaire son approche des relations entre les cultures et les religions. Tout jeune homme passionné par la langue arabe, il fut envoyé en Irak par Louis MASSIGNON pour une mission culturelle. Par la suite, successivement en poste en Iran, de nouveau en Irak, puis au Caire, il n’a cessé de découvrir les richesses de ces villes d’Orient qui ont tant apporté au monde occidental. Et dans le cadre du Centre des hautes études sur l'Afrique et l'Asie modernes, il mesure, dans le sillage de Mohamed ARKOUN, la nécessité qu’il y a d’historiciser ces mythes afin d’en transmettre aux jeunes générations, notamment dans l’enseignement du fait religieux, les valeurs fondatrices de l’humanité.
Christian LOCHON expose ensuite les mythes nés dans la Mésopotamie d’abord rurale, puis urbaine (-7000 Avt JC), architecturalement florissante : « Les mythes se créent lorsqu’il y a une société qui est en mesure de réfléchir sur les rapports avec le sacré ». Il évoque successivement les rapports entre les civilisations mésopotamienne, du Nord de l’Indus, grecque, égyptienne, puis établit des parallèles savants entre figures mythologiques et personnages bibliques : « Le Coran, comme la Bible, sont un réceptacle de mythes ». Il pense que dans le fait religieux se trouve une dimension commune qui dépasse les religions. Revenir à la Mésopotamie lui semble indispensable pour saisir l’essence des choses : par exemple, l’histoire de la transmission du cunéiforme révèle le lien entre les cultures. Il convient de décentrer une approche occidentale encore trop tournée vers la Grèce antique. Parmi les illustrations des passerelles culturelles indispensables pour appréhender notre monde pluriculturel et plurireligieux, il se réfère symboliquement aux Sept Dormants d’Ephèse, honorés par les chrétiens et les musulmans.
Il conclut son exposé en insistant sur le fait qu’il ne s’agit pas, bien entendu, de faire du syncrétisme. Mais il s’agit d’opter pour une nouvelle vision de l’autre avec lequel, par un travail de réflexion fondé sur les mythes, on se découvre des points communs : « Nous voulons voir dans l’autre non ce qui nous sépare, mais ce qui nous unit ».

Echanges avec le public


Chaleureusement applaudi pour sa brillante intervention et félicité pour son érudition par Ghaleb BENCHEIKH, l’orateur répond à quelques remarques et questions du public.
Un échange intéressant a lieu avec le Dr Ahmed JABALLAH qui précise que les théologiens musulmans ne considèrent pas qu’il y ait des mythes dans le Coran. Saadia FIGHIGHI, quant à elle, en référence à son expérience de psychanalyste, souligne qu’il y a là pour l’islam tout un champ de l’héritage du monde occidental à explorer. Christian LOCHON tient à rappeler que son approche se situe dans le sillage de celle de Mohamed ARKOUN qui suit une analyse anthropologique et non théologique.
Le conférencier reçoit des paroles de reconnaissance particulièrement du Pasteur LIENHARDT pour avoir réhabilité le mythe, en tant que tentative d’expliquer aux hommes pourquoi on vit et pourquoi on est mortel ; de Méhrézia MAIZA pour avoir rappelé combien la civilisation de l’Irak était raffinée ; de Jean-Pierre MARTIN pour avoir, par la richesse de ses démonstrations, aidé à faire cesser des préjugés néfastes à la paix.

Ghaleb BENCHEIKH clôt l’Assemblée générale qui se termine à l’heure prévue, pour des raisons d’organisation, et non faute de sujets d’échanges.

 
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