Publié le Fév 22, 2005 - 07:26 PM
Education à la Paix

C.M.R.P. COMMISSION EDUCATION A LAPAIX
Compte rendu de la réunion du samedi 22 janvier 2005
(par Marie LEMESLE)



Réunion-causerie autour de deux auteurs, acteurs du dialogue interreligieux, avec la présence du « noyau dur » de la Commission entouré de personnes de divers horizons, dont plusieurs représentants du Groupe Orsay, de Démocratie et Spiritualité ainsi que de deux étudiants




La soirée s'est déroulée en deux temps :

1- Laurent KLEIN, directeur d’école à Paris, co-auteur ( avec Mehrézia MAIZA) de Abraham, réveille-toi, ils sont devenus fous ! Edts de l’Atelier, 2004).

L’auteur a choisi de faire part des motivations qui l’ont amené, lui de religion juive, à sortir de sa réserve d’enseignant d’école publique pour rédiger ce livre avec une mère d’élèves, elle de religion musulmane.
Il parle des difficultés du « vivre-ensemble »rencontrées actuellement en milieu scolaire. Face à des élèves baignant dans la mixité culturelle et oscillant entre le désir de mieux se connaître et la tentation du repli communautaire, l’Ecole se révèle démunie sur plusieurs plans :
manque de culture religieuse de maîtres devenus ignorants de leur propre héritage;
absence de références fortes en matière d’identité citoyenne ( française ? européenne ?);
préjugés souvent négatifs à l’encontre des religions ;
prédominance d’une approche scientifique systématique du savoir et refus de toute notion de transcendance.
La teneur du programme d’instruction civique ne comble pas ce qui risque de devenir un vide éducatif.

De là, L.Klein interroge :
l’Ecole saura-t-elle se remettre en question afin de permettre à chacun de mieux s’intégrer à la République ?
Est-elle prête à former des maîtres pour l’indispensable enseignement du fait religieux ?
Et la loi du 15 mars 2004 (sur les signes religieux ostensibles) n’a-t-elle pas été motivée par la crainte de l’islam, religion dont la présence en France est la plus récente ?
A force de rechercher la neutralité à tout prix, l’Ecole de la République ne risque-t-elle pas d’encourager la création d’écoles communautaires ?


Au cours des échanges avec l’auteur, l’accent est mis sur les point suivants :
L’Ecole doit expliciter ce qu’est vraiment la laïcité, en affirmer le caractère non sectaire et travailler à l’élaboration de valeurs communes à tous; un travail de mémoire en relation avec les origines multiples des élèves est nécessaire, afin de réactiver des valeurs universelles et d’établir un « socle commun » qui va au-delà de l’acquisition de connaissances .

L’on regrette que les religieux aient tant de difficultés à intervenir dans les écoles publiques ( ce qui n’est pas le cas dans les autres pays d’Europe) et l’on s’ accorde à encourager l’utilisation ( voire la réalisation) de calendriers interreligieux pour célébrer les fêtes.



2- Anne-Sophie LAMINE, sociologue à Strasbourg, auteur de La cohabitation des dieux (Pluralité religieuse et laïcité), P.U.F., 2004

L’auteur a accepté de traiter le sujet « L’interreligieux est-il un facteur de médiation ? » à partir de son ouvrage.
Elle commence par répondre, paradoxalement, par la négative. En effet, si les intentions des acteurs de l’interreligieux sont par principe bonnes, elles aboutissent souvent à des impasses : juxtaposition des différences sans recherche d’harmonisation;
crainte à peine dissimulée de la religion de l’autre (notamment en matière de conversion) ;
domination paternaliste de la part de la religion culturellement dominante ( allant jusqu’à revisiter les textes des autres religions);
besoin d’imposer à l’autre sa propre façon de faire de l’interreligieux ;
dissymétrie socio-économique des intervenants ;
prise de parole réservée aux interlocuteurs réputés « libéraux ».

Mais A.S. Lamine rebondit en fournissant une série d’ exemples concrets de réussite en région parisienne ( repas intercommunautaire impliquant toutes les couches de la population - à Limeil-Brevannes- 78- ; médiation conjointe de religieux auprès de la société civile - à Aubervilliers 93- ; création d’une structure de développement local -à Gennevilliers 92).

Elle expose ensuite en quoi l’interreligieux se révèle comme une force de médiation positive:
au niveau humain, parce que chaque acteur partage avec l’autre les difficultés de reconnaissance mutuelle ;
au niveau religieux, lorsque chacun accepte d’écouter une croyance qui n’est pas la sienne (ce qui peut être plus difficile pour des « libéraux » gênés par la rigueur de la foi de l’autre que pour des « orthodoxes » plus à l’aise en raison de leur propre ancrage dans une tradition). ;
enfin au niveau sociétal, tant la présence interreligieuse est sollicitée en interphase lors de conflits locaux ou autres.

Les échanges avec l’auteur portent sur les thèmes suivants :
promotion du « faire-ensemble » comme concrétisation de l’engagement;
nécessité d’un travail sur les termes polysémiques du dialogue utilisables par tous dans le même sens ( par exemple pour « libéral « et « orthodoxe ») ;
bien- fondé des interventions pacificatrices dans la société civile ;
ouverture indispensable aux non-croyants : il s’agit de rechercher ensemble ce qui nous est commun en tant qu’êtres humains et c’est ce sentiment d’appartenance commune qui anéantira les peurs.

M. L.


 
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