Publié le Août 14, 2003 - 06:07 PM
Dialogue interreligieux


L'Arc-en-ciel des religions

du Pasteur Jean Dumas


par Jean-François Gantois.



Le livre du pasteur Jean Dumas est exemplaire des vertus du dialogue interreligieux. Vertu transformatrice intérieure, vertu du rapprochement entre des fidèles de différents maîtres, vertu de l'approfondissement de sa propre foi en découvrant celle des autres. Ce n'est pas sans émotion que j'ai lu certains passages de ce petit ouvrage bien écrit et, surtout, d'une parfaite sincérité, qui fait aussi découvrir en sa profondeur et ses références l'âme protestante. Près de dix ans de dialogue entre protestants et bouddhistes : je ne mesurais pas ce que, au fil des années, nous avons pu avoir d'influence les uns sur les autres.


Jean Dumas nous est bien connu : il est un des piliers de notre CMRP, au sein de laquelle il participe, notamment, à la commission sur les intégrismes.

Cet ouvrage est l'histoire d'un itinéraire spirituel partant d'une génération formée (formatée?) dans l'après-guerre jusqu'à la découverte de l'univers religieux, intérieur, certes, mais aussi en son enracinement à travers le monde, par l'Inde, notamment, berceau de tant de traditions.

Qu'est-ce qui nous interpelle le plus, protestants et bouddhistes ? La foi et les oeuvres, peut-être. Pourtant, nous n'avons guère abordé le sujet. Pour un bouddhiste, a priori, tout vient des actes. Le Bouddha a montré l'exemple en dépassant ses propres maîtres et en réalisant l'Eveil par ses propres moyens, bien qu'il fût, déjà, au cours de ses existences antérieures, un grand bodhisattva. Comme dit un de mes amis, au sujet des différentes conceptions bouddhistes sur l'Eveil, subit ou progressif : "L'Eveil, c'est tout d'un coup, mais il faut très longtemps pour s'y préparer." Pour un bouddhiste, donc, d'abord les actes, du corps, de la parole et de l'esprit. De là naît le karma positif qui permet les conditions favorables pour s'en libérer. Selon le protestantisme, seule la foi sauve. Le salut est immérité. Il n'est guère d'antinomie plus radicale. Pourtant... La foi, pour un protestant, n'est pas synonyme, ou presque, de croyance, comme l'entendent couramment les gens, mais de vénération, à l'exemple la bakhti, découverte dans le monde hindouiste, mais présente aussi dans le Dharma, surtout dans le Grand Véhicule. Le Maître est le Christ pour un chrétien. Le Bouddha pour un bouddhiste, mais aussi le maître contemporain qui lui transmet le Dharma et qu'il est invité à considérer comme le Bouddha lui-même. C'est le plus grand bienfait qu'un être humain puisse offrir à un autre être humain. La reconnaissance que lui doit le disciple est donc immense et sa dévotion croît avec sa pratique comme confirmation d'une expérience spirituelle réussie et efficace. Un adage bouddhiste dit : si vous recevez la bénédiction de votre maître comme celle d'un être ordinaire, vous recevrez la bénédiction d'un être ordinaire ; si vous recevez la bénédiction de votre maître comme celle d'un ami spirituel, vous recevrez la bénédiction d'un ami spirituel mais si vous la recevez comme celle du Bouddha lui-même, vous recevrez la bénédiction du Bouddha lui-même. Voilà pourquoi, naguère, il fallait douze ans d'observation réciproque entre un maître et un disciple pour que l'un et l'autre s'acceptent comme tel. En ce sens, les actes du plus grand humanitaire, du meilleur législateur, ne peuvent égaler de don du Dharma qui libère définitivement de toute possibilité de souffrance, non seulement pour soi, mais, par contagion et en raison de l'impermanence, pour tous les êtres. De même que, comme le prétendent les savants, le battement d'aile d'un papillon en Australie peut déclencher une tornade en Floride, de même, tout acte positif, accompli dans l'esprit de l'Eveil universel, a une conséquence favorable pour tous les êtres. Alors, lorsque l'un d'eux atteint l'état de bouddha ! La foi, en tant que dévotion, et les oeuvres, assurent le progrès spirituel dans un rapport dialectique. Avec les oeuvres sans la foi, on n'est pas loin du matérialisme spirituel dénoncé à juste titre par Chogyam Troungpa dans un livre portant ce titre. J'entends mon maître, Kalou Rinpotché, à qui nous demandions, à la fin de sa vie, ce qu'il souhaiterait le plus que nous fassions pour lui, avait répondu : "Pratiquez le Dharma, rien ne peut me réjouir davantage !"

Le pasteur Dumas aborde aussi le silence, l'attitude corporelle et la discipline pour ne pas laisser place au sentimentalisme religieux et la prière : à Dieu, ou à l'Ultime, et pense qu'il ne s'agit que de langues, toutes nécessaires. Il aborde enfin les avancées et les reculs des Eglises et s'interroge sur les missions, avec tout ce qu'elles supposent d'arrogance et de fanatisme. Pour lui, la mission, aujourd'hui, est de convertir toutes les Eglises à oeuvrer pour le bien des hommes en manque de spiritualité.

Jean-François Gantois

L'Arc-en-ciel des religions (conflits et défis), Ed. Labor et fides, 200 p.
 
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